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Construire un collectif Gauche Citoyenne....

 

Le choix de créer Gauche Citoyenne est, nien sûr, lié au départ de Patrick Jarry et de Jacqueline Fraysse du PCF. Pour le maire et la députée de Nanterre, membres de longue date du Parti Communiste, détenant des positions institutionnelles fortes, il était aussi essentiel d'indiquer que la rupture avec le Parti ne signifiait pas pour autant un abandon de l'action collective. Comme le remarquait Marie-Claude Garel à la réunion constitutive de Gauche Citoyenne, "créer ce collectif, c'était faire le choix de ne pas se positionner en « électrons libres »".

 

Les raisons de créer Gauche Citoyenne sont donc intimement liées aux raisons qui ont provoqué  la rupture, au diagnostic qui a été posé sur l'état du PCF et de ses choix actuels. Dans son interview à Politis, Jacqueline Fraysse rappelle les points essentiels :

 

- le PC est dominé par un appareil dont l'unique but est sa propre survie en tant qu'appareil. Pour des raisons électorales, cet appareil a fait à plusieurs reprises le choix de l'ouverture, au moins en apparence, tout en prenant bien soin de conserver les positions dominantes à l'intérieur des regroupements auquel le PC adhère (collectifs antilibéraux puis Front de Gauche).

- Cette stratégie fondée sur la « duplicité » (terme employé par Jacqueline dans l'interview) détruit la confiance qui serait nécessaire pour construire une vraie dynamique de rassemblement. Il y a du coup un réservoir de forces militantes (qui n'appartiennent pas à des mouvements politiques classiques) qui ne s'engage pas.

- Il y a une occasion historique pour une gauche sociale et écologique de peser politiquement. Les crises (financière, sociale et écologique) nous démontrent que les politiques libérales nous menaient à la catastrophe et que la social-démocratie classique était incapable de rompre réellement avec le libéralisme. Il y a un espace pour une force politique clairement à gauche qui défende une rupture avec le libéralisme, une transformation de la société vers un modèle plus égalitaire et plus durable.

- Ce grand rassemblement ne pourra prendre forme qu'à condition de modifier certaines manières de faire de la politique, c'est-à-dire, plus précisément, de remiser au second plan les logiques d'appareil, voire, comme l'a suggéré Alain Raimbault, de « changer d'outil ».

A gauche, cette vision est assez largement partagée, au niveau local comme au niveau national, et tend à s'imposer de plus en plus. Dans les médias et dans les états-majors politiques, il est entendu que le Front de Gauche est d'abord et surtout un face à face entre PC et PG, que les choix politiques et tactiques du Front de Gauche se négocient entre les deux appareils.

 

Dans ces conditions, le collectif Gauche Citoyenne n'a de sens que si :

1/ il incarne une rupture claire avec le libéralisme et l'espoir d'une gauche de gouvernement réellement radicale

2/ il se donne les moyens de s'inscrire dans le rassemblement souhaité des forces de gauche travaillant dans ce sens

3/ il ne reproduit pas en son sein les défauts classiques des partis

 

 

 

 

 

1/ Incarner une exigence de « radicalité et de gestion »

 

 

Gauche Citoyenne est actuellement composé en grande partie d'élus appartenant à la majorité municipale et engagés sur un programme partagé avec des élus PS, MRC et Verts. La radicalité de Gauche Citoyenne ne peut donc pas consister en une opposition frontale aux dominants et aux pouvoirs, locaux ou nationaux. Une posture « gauchiste » comme celle du NPA lui est de fait interdite. Les militants, quelque soit leurs opinions et leurs trajectoires, seront obligés dans une certaine mesure de s'associer et d'accompagner le combat mené au sein de la majorité municipale par le groupe CIC. Néanmoins, il y a un risque que Gauche Citoyenne ne soit perçu que comme un simple outil de légitimation aux mains d'élus locaux inquiets d'un risque de marginalisation.

 

Cet écueil prévisible ne peut être évité qu'à condition d'ouvrir largement le collectif, et cela, à deux niveaux :

- d'une part, en intégrant des « militants citoyens » comme cela a pu se faire au sein du groupe, c'est-à-dire, des citoyens actifs et politisés mais qui ne sont pas passés par des organisations partisanes classiques, qui ont donc des préoccupations et des motivations différentes

- d'autre part, en ouvrant le débat sur des questions qui ne soient pas strictement locales. Si Gauche Citoyenne se présente comme un espace de réflexion où toutes les questions peuvent être abordées et non comme une simple force d'appoint du groupe, il gagnera évidemment en crédibilité.

 

Un collectif Gauche Citoyenne qui fonctionnerait bien de ce point de vue là, apporterait en fait beaucoup plus aux élus, et permettrait peut-être de résoudre en partie certains des problèmes du groupe.

 

Le travail de réflexion, de définition d'un contenu politique est un des aspects essentiels du processus qui permettrait à Gauche Citoyenne de se construire. Au-delà des cercles militants proches, c'est ce contenu et la manière de le présenter qui vont amener les gens à intégrer ou non ce collectif.

 

La plupart des « membres constituants » de Gauche Citoyenne partage des références communes et notamment, un contenu doctrinal qui est celui du PC ou celui du CAN, lui-même proche du PC et enrichi d'apports altermondialistes (ATTAC, fondation Copernic, etc...). Pour autant, ce travail n'est pas nécessairement simple car il ne doit pas revêtir un caractère formel trop marqué. Il ne s'agit pas de construire un programme et encore moins de définir une ligne à partir de laquelle on pourrait décréter qui est orthodoxe et qui ne l'est pas. Un simple exemple suffit à montrer la difficulté qu'il y a à sortir d'un certain flou sémantique sans rentrer dans des rigidités contre-productives : choisir entre se dire antilibéral ou anticapitaliste.

 

L'opposition radicale au capitalisme renvoie à la tradition communiste et, paradoxalement, aujourd'hui plutôt aux trotskystes de LO et du NPA qu'au PC. Employer le terme d'anticapitalisme peut être ressenti comme une manière de se poser plus à gauche, de « faire gauchiste » ou « archaïque ». L'antilibéralisme renvoie, en revanche, aux altermondialistes et à leur dénonciation des réformes libérales qui ont détruit l'Etat-providence. Celui qui emploie ce terme sera peut-être soupçonné de défendre une social-démocratie à l'ancienne. Il n'y a évidemment aucune raison de faire du choix du terme un impératif. Les deux expressions peuvent être employées l'une pour l'autre (et c'est d'ailleurs très souvent le cas). Néanmoins toute discussion sérieuse sur le contenu politique et le positionnement du collectif amènera inévitablement des problèmes de ce genre, au moins entre les militants les plus formés.

 

Une autre manière d'aborder le problème consisterait a partir des préoccupations des nouveaux membres et de leurs idées pour progressivement faire converger des points de vue parcellaires et différenciés. Ce serait lancer un processus long qui aurait l'avantage d'amener chacun à prendre en charge ces questions et à s'ouvrir. A partir d'un contenu très synthétique énoncé dans l'appel et repris dans le communiqué, on arriverait ainsi petit à petit à quelque chose de plus construit. Cela implique que les membres proposent et contribuent autant que possible à la définition du contenu.

 

 

II/ S'inscrire dans le rassemblement

 

Se pose le problème là du positionnement d'un collectif, pour l'instant local, dans des luttes qui sont autant nationales que locales.

 

Chacun semble pour l'instant se reconnaître dans la FASE. La « Fédération », dans la mesure où elle est pour l'instant un regroupement faiblement structuré de petites organisations, n'a aucune des caractéristiques d'un parti classique. Néanmoins, l'enjeu d'un rassemblement des forces de gauche engagées dans un projet de transformation sociale ne se joue pas seulement à ce niveau là. La FASE manque de visibilité et n'est pas parvenue à générer une dynamique autour d'elle.

 

Sur le plan électoral, seules deux forces peuvent prétendre à incarner un rassemblement d'une gauche de transformation sociale : le Front de Gauche et Europe Ecologie.

 

Le Front de Gauche, dans sa configuration actuelle, est centré autour de deux partis très structurés et fermés, le PC et le PG, qui plus est, engagé dans un duel pour le choix du candidat à la présidentielle. Dans ces conditions, les autres mouvements sont relégués au rang de faire-valoir. Plus on se rapprochera de 2012, plus la situation devrait se tendre, laissant encore moins d'espace à ceux qui proposent autre chose.

 

De l'autre coté, Europe Ecologie, de par sa nature de coalition transversale, n'a pas vraiment de ligne bien définie et oscille entre des positions clairement de gauche (celles d'Alter Europe ou de José Bové) et des positions plutôt de droite (Corinne Lepage ou, dans une moindre mesure, Daniel Cohn-Bendit). Europe Ecologie est en revanche intéressant dans sa capacité à innover en termes d'organisation : rassemblement large, appel à des personnalités comme Augustin Legrand ou Eva Joly assez éloignées du politique professionnel type. L'idée de « coopérative », mise en avant par Cohn-Bendit, est assez prometteuse. En suggérant qu'une alliance électorale comme Europe Ecologie peut se structurer sans nécessairement adopter une organisation hiérarchisée et verticale, il ouvre des perspectives pour l'ensemble de la gauche. Deux bémols cependant : la tentative de structurer Europe Ecologie entraine un conflit avec les Verts qui s'estiment lésés (réaction qui n'est pas sans rappeler l'attitude du PC lors de la constitution du Front de Gauche), l'avenir d'Europe Ecologie est lié au maintien de la remarquable dynamique électorale qui s'est mise en place à partir des Européennes.

 

Sans doute la plupart des membres de Gauche Citoyenne ne se reconnaissent ni dans l'une, ni dans l'autre des coalitions, en tout cas dans leur forme actuelle. L'idéal serait ou bien que le Front de Gauche adopte les mêmes modes de fonctionnement qu'Europe Ecologie, ou bien qu'Europe Ecologie se repositionne franchement à gauche. Une chose est claire en revanche, c'est que Gauche Citoyenne ne pourra pas faire abstraction de ce qui se passe à ce niveau là. Gauche Citoyenne peut contribuer au sein de la FASE, en lien avec d'autres organisations, au sein de réseaux, à faire bouger les lignes. Cela implique de ne pas se contenter d'appuyer l'une ou l'autre des coalitions inconditionnellement et d'adopter des positions originales, mais aussi de se mettre en capacité de se coordonner avec d'autres organisations pour se rendre visibles et peser dans le processus de recomposition de la gauche.

Gauche Citoyenne n'a sans doute pas vocation à constituer une nouvelle organisation nationale à l'instar du MUP de Robert Hue (devenu d'ailleurs très vite une simple force d'appoint du PS). L'idée serait donc plutôt, comme le remarquait Patrick Jarry à la réunion du 29 mai, de faire « local plus local plus local etc... » plutôt que « local/national ». Cela suppose d'être capables de travailler collectivement et de produire avec les autres organisations locales des idées et des mots d'ordre efficaces qui pourraient être repris largement. Il faut éviter le localisme tout en tirant parti, autant que possible, de l'expérience nanterrienne en général et de l'expérience des élus en particulier. La « campagne » contre l'extension de La Défense a montré que l'on pouvait mobiliser en se plaçant avec finesse à l'articulation du global et du local en montrant comment ce qui se joue ici est en lien avec des transformations globales.

 

 

III/ Se structurer

 

Au cours de la réunion du 29 mai, la question de la structure s'est posée sans que l'on rentre vraiment dans des considérations concrètes. Néanmoins, un bureau a été désigné et un communiqué qui officialise la naissance du collectif a été rendu public. Restent :

- à trouver des sources de financement

- éventuellement trouver un local

- mettre en place des objectifs et des moyens d'action

- mettre en place des moyens de communiquer

 

Les participants à la réunion du 29 ont souvent insisté sur l'importance qu'il y a à ne pas se contenter d'être un « club de réflexion » et à agir. Les questions sur lesquelles Gauche Citoyenne pourraient intervenir sont nombreuses : régularisation des sans papiers, défense des retraites, défense du service public de la poste pour ne citer que quelques batailles qui ont lieu en ce moment. La question des retraites en particulier est stratégique. Au sein des collectifs qui se mettent en place au niveau local et départemental, Gauche Citoyenne doit trouver sa place. Des initiatives ont été lancées par Jacqueline Fraysse, d'un coté, et par le collectif local de l'autre. Se pose la question du niveau et du mode d'implication de Gauche Citoyenne :

- participer aux collectifs

- proposer une initiative originale labellisée Gauche Citoyenne

- revendiquer pour Gauche Citoyenne les initiatives de la députée

 

A ce stade, les options restent largement ouvertes et, si cette bataille peut permettre au collectif d'exister en tant que force indépendante, c'est sur d'autres questions, d'autres engagements que le collectif pourra se distinguer. Les expériences menées au sein des mouvements pour l'éducation populaire, chez les Verts ou au sein du CAN sont intéressantes à cet égard. Il s'agirait plutôt que de simplement réagir à l'actualité et de prendre « le train des luttes sociales en marche », de s'attaquer à des problèmes de fond comme l'emploi, le logement, l'égalité d'accès aux droits, l'environnement en étant capables de formuler, non seulement des revendications, mais aussi des propositions qui s'appuient sur une vraie réflexion. Le dossier sur le logement fait par le CAN, la réunion publique de Jacqueline Fraysse ou la réunion commune d'Ecorev et du CAN constituent autant d'exemples « d'actions » efficaces même quoique peu spectaculaires.

 

La communication est évidemment un aspect essentiel. Elle passe sans doute par une newsletter, un journal ou un bulletin d'information régulier et un site. Là encore, l'exemple de la communication de la députée et l'expérience accumulée au sein du CAN seront probablement déterminants.