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11 mars 2013
Fukushima, 2 ans après

Le coût d’une catastrophe… 430 milliards d’€ mais…combien de vies humaines ?

Il y a 2 ans, à la sortie d’un long hiver, Hiro, Fuma, Mitsu, Toshi, Misaki attendaient avec impatience auprès de leurs familles, de leurs amis, de leur amour, la fête du printemps, l’approche de la fête du printemps, la fête des cerisiers en fleurs, « Sakura Hanami ».

C’est une fête un peu spéciale chez nos amis Japonais, plus de hiérarchie, plus de protocole, chacun compte pour « 1 » et compte au moins pour « 1 », … et chacun, simplement admire et reçoit le miracle des cerisiers en fleurs.



Un tsunami avec son décompte précis de morts et de blessés, de disparus, a brusquement interrompu les préparatifs de fête, il y a 2 ans.
Dans la suite, un ensemble industriel de production nucléaire a produit  une catastrophe historique, sans décompte précis de morts et de blessés, de disparus.
La catastrophe naturelle contre laquelle on peut si peu de choses a été suivi d’une catastrophe dont l’origine est l’intervention humaine et contre laquelle l’homme pouvait tout, contre la répétition de laquelle, l’homme peut tout.
Alors, avant d’argumenter, je veux simplement envoyer un signe aujourd’hui à Hanoka, Hiraku, Minami, Ayumi, Yuka, à leur famille, à leurs amis, à leur amour, tous  mes souhaits d’une fête pacifique des « Sakura Hanami » en 2013.

Bonne fête !


Mais il faut argumenter parce que ce matin, les nouvelles ne sont pas bonnes.

1) Le coût en France d’une catastrophe type Fukushima

On nous annonce qu’une catastrophe du type « Fukushima » coûterait à la France entre 250 et 1 000 milliards d’euros, 430 milliards en coût médian (attention à ne pas confondre avec le coût moyen s’il vous plaît).
C’est 4 fois et demi le déficit annuel de la France. Autrement dit, notre pays serait ruiné mais on ergote toujours et des forces considérables dans notre société continuent à prôner une industrie non seulement fondée sur l’énergie nucléaire mais aussi sur l’exportation des centrales nucléaires.
Je reviendrai sur cette question du coût mais le plus incroyable n’est pas le coût, c’est l’absence de prévision du  bilan humain de la catastrophe. Du moins, la presse, à ma connaissance, n’en fait aucun état. Si l’étude elle-même en fait état, il serait bon que les auteurs le fasse connaître au large public.

Combien de dizaines, de centaines de milliers de morts dans une région à si forte densité que l’Europe ?

Combien de dizaines, de centaines, de millions de cancers sur notre bon vieux continent ?

Nous n’en saurons rien comme nous ne savons rien du bilan humain de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Black Out !

A quel point  d’acceptation de l’inhumanité sommes-nous parvenus, si nous recevons sans réagir ce type de bilan : les milliards d’euros sont le critère, les centaines de milliers de femmes et d’hommes, d’enfants, ne sont même pas cités.

J’ai fait des bilans toute ma vie pour des sociétés privées, je n’ai jamais vu un bilan sans partie « Bilan des ressources humaines ». Sommes-nous passés à un stade encore moins humain ?

Mon billet d’humeur pourrait s’arrêter là.

Il est suffisant à disqualifier la poursuite d’une politique énergétique fondée sur le nucléaire mais je ne veux pas laisser aux tenants de cette politique, le terrain technique, celui de la compétitivité, celui de l’économie : le masque plein de leur auto- satisfaction cache en effet le vide sidéral de leur pensée prospective.

2) La gestion de risque du point de vue purement « libéral »

En Europe, nous vivons sous un régime économique fondé sur la libéralisme. Une part importante d’entre nous s’y opposent, mais ce n’est pas là mon propos aujourd’hui.Pour les besoins du raisonnement seulement, je ne mets pas en cause, à ce stade, le libéralisme le plus pur. Or que fait un bon gestionnaire de risque, libéral ?
Son premier réflexe, n’est pas de calculer le profit lié à un projet industriel, mais de calculer le risque que son entreprise ne disparaisse. Du point de vue capitaliste, il n’y a pas de profit à sa propre mort.
Or, soyons clairs, un coût de 430 milliards d’euros, à supposer que ce chiffre soit « crédible » est tout simplement insupportable pour notre pays. Ce sont 5 milliards d’euros que recherche le ministre Jérôme Cahuzac pour le prochain budget et cela fait la une de toute la presse depuis plusieurs jours, et le fera pendant plusieurs mois.

La catastrophe annoncée, c’est 86 fois plus !!!!

Oui, mais me direz-vous, cette catastrophe est improbable, comme dirait l’ancien Président, Nicolas Sarkozy, « Fukushima n’est pas un accident nucléaire, c’est un accident sismique. ».
L’accident sismique d’après lui aurait été plus important que ce qui était prévisible… pas de pot en quelque sorte…
Nous  Français, prévoyons beaucoup mieux que les Japonais, bien entendu. Nous avons de l’expérience d’ailleurs, nous avions prévu Tchernobyl et le professeur Pellerin, paix à son âme, a su arrêter le nuage au-dessus de la ligne Maginot.
La gestion de risque consiste précisément à se mettre en situation négative maximale et évaluer le coût y relatif.
Quand le coût est inacceptable, en bonne gestion capitaliste libérale, pas révolutionnaire ni même réformiste du tout, on élimine l’hypothèse.
Donc, dans le cas présent, on élimine l’hypothèse du maintien et encore plus du développement de l’énergie nucléaire.
Un gestionnaire de risque libéral qui prendrait un risque de « ruine » dans une entreprise purement privée serait purement et simplement…viré, sans parachute doré, en un « éclair » si je peux me permettre.

Il ne s’agit pas ici de faire le procès de ceux qui ont conduit au stade proche du « tout nucléaire » qui est le nôtre aujourd’hui. Ils ne savaient pas forcément, probablement même n’en avait-il aucun soupçon.
Leur responsabilité est mineure, la nôtre est totale, parce que nous, nous savons.

3) L’uppercut et la chattemite

Il est peu probable que, du moins dans les jours prochains, nous lisions des commentaires aussi peu nuancés que ceux de l’ancien président Nicolas Sarkozy, l’uppercut peut être efficace contre une porte ouverte mais contre 430 milliards d’euros, il brise simplement le poignet.
Mais nous allons avoir, nous avons des commentaires de chattemite en quantité. Dans l’adversité, le lobby nucléaire, « cale la voile ».
Le 1er argument est celui du nombre de morts. Le nucléaire a produit beaucoup moins de morts que le charbon. C’est vrai ! mais depuis 20 ans, nous améliorons beaucoup le score ! Cet argument est sans valeur : les énergies alternatives sont les énergies non fossiles et encore plus, les économies d’énergie et leur score en matière de mortalité est sans concurrence.
Le nucléaire serait la seule alternative « propre » aux énergies fossiles. Rappelons encore et encore les énergies non fossiles et les économies d’énergie, mais surtout de qualifier le nucléaire d’énergie propre quand on ne sait pas (car on ne sait pas) traiter les déchets nucléaires, est un pur attentat contre l’esprit logique !!!
Le nucléaire serait moins cher. Sans doute, on n’y inclut que partiellement les coûts de retraitement des déchets (mais pas leur suppression puisqu’on ne sait tout simplement pas)  et pas du tout, les risques liés à une catastrophe.
Oui, mais on ne calcule pas non plus le risque lié à un accident d’un ensemble industriel énergétique non nucléaire. Sans doute, mais pour diminuer les risques, que fait un bon gestionnaire…. Il disperse les sources du risque, or, le drame de l’accident nucléaire est qu’il se disperse… le coût financier individuel d’une seule catastrophe en Europe est insupportable, les conséquences humaines inimaginables.
Aucun argument de coût ne tient la route plus de 2 secondes, aucun argument de risque ne tient la route une demi seconde, reste alors le sacro-saint argument de l’indépendance énergétique. C’est d’ailleurs l’argument du gouvernement actuel du Japon.
C’est probablement l’argument le plus pernicieux et le plus colonialiste possible.
Pernicieux ? Comme chacun sait, l’uranium s’extrait dans nos belles plaines à blé du bassin Rennais ! De qui se moque-t-on ?
Oui, mais dans 20 ans, nous saurons recycler les déchets et nous n’aurons plus besoin de l’Uranium du Niger ?
Question : nos amis du Niger patienteront-ils 20, 30 ans, à nourrir notre besoin d’énergie en regardant sur leur téléviseur les appels au secours pour nourrir leur population ? C’est encore un pari bien risqué.
Décidément, notre lobby nucléaire n’est pas du genre gestionnaire prudent de risques, il serait plutôt du genre casino. Si le sujet se prêtait à la plaisanterie, ce qu’il fait bien difficilement compte tenu du nombre de vies humaines en cause, je dirai que ce lobby confond Cherbourg, pays d’AREVA, avec Cabourg ou Monaco, pays des casinos, des tapis verts, pas très écologiques ceux-là !
Et surtout…Surtout, on oublie dans tous ces discours le nombre d’emplois créés (en centaines de milliers) par la transition énergétique notamment dans la rénovation des bâtiments anciens, la création de matériaux nouveaux, la recherche scientifique. Mais, cela fait partie du bilan humain donc dans l’esprit du lobby nucléaire, de la case « Oubli ».

4) Aller plus vite vers une transition énergétique

Avec beaucoup de difficultés et de limites, un timide changement de direction a été pris en France, vers moins de nucléaire, plus d’énergies non fossiles et plus d’efforts d’économies d’énergie.
Les coûts financiers annoncés ce matin, les conséquences humaines inimaginables d’un accident nucléaire, les avantages décisifs en matière d’emploi, devraient nous mobiliser de sorte que cet effort devienne prioritaire.
A la rentrée de septembre prochain se posera la question de la fiscalité écologique pour 2014 et les années suivantes : ce sera un moment décisif d’orientation de notre politique d’économie d’énergie et de développement des énergies non fossiles. Préparons- nous le plus largement possible, sans écarter personne de cette mobilisation essentielle à l’avenir de notre société.