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Réunion Education

Rapport Langevin-Wallon

5 février 2011

Cemea Ile de France / Nanterre

 

Zahra:

 

Au moment des municipales, 2 préoccupations ont été exprimées par les familles : Le logement, l’Ecole et l’Education.

A la même période, Acadomia s’installe rue Maurice Thorez, à Nanterre.

L’école montre son importance, sa place centrale dans les préoccupations familiales  et dans le même temps nous assistons à une marchandisation de l’école avec Acadomia.

Comment porter la réflexion sur l’éducation et au-delà, comment s’interroger sur l’éducation ?

 

Langevin et Wallon, dans le cadre du Conseil National de la Résistance, ont travaillé à un plan pour l’école. Que dit le plan LW ? Qu’a-t-on fait du PLW ?

Alors qu’ aujourd’hui nous sommes confrontés à beaucoup de dénonciation, de détresse qui en disent long sur l’état de l’Ecole dans notre pays.…

 

 

Evelyne :

Depuis longtemps, et encore plus avec Acadomia,  je me suis aperçue que l’école avait de moins en mois de moyens pour former les citoyens, des hommes responsables. Cela va de mal en pis. L’école publique ne répond plus à ses missions.

Est-il possible de faire autrement ?

Avec le plan LW, les méthodes actives type Freinet, Montessory etc…il y a possibilité de faire une autre école.

 Comment montrer à un public plus large qu’il y a possibilité de faire autrement?

Manon :

A Joliot-Curie, on avait qu’une seule envie : partir.

Aujourd’hui, j’y retournerais bien pour apprendre autre chose.

A l’époque on n’avait pas le temps, on croulait sous les heures de cours.

Sébastien :

Je suis préoccupé par l’avenir de ma fille. Il est mis en cause dans les objectifs de l’école. L’objectif : former des travailleurs.

Comment donner un autre sens à l’école ?

 Renouvellement des enseignants. Remise en cause des IUFM. Un autre sens que fournir des travailleurs.

Serge :

 

Depuis le plan LW (1947) qui met l’acquisition d’une culture générale au coeur de son projet. – culture générale dont Paul Langevin donne comme définition :

« une initiation aux diverses formes de l’activité humaine, non seulement pour déterminer les aptitudes de l’individu, lui permettre de choisir à bon escient avant de s’engager dans une profession, mais aussi de lui permettre de rester en relation avec les autres hommes, de comprendre l’intérêt et d’apprécier les résultats d’activités autres que la sienne propre, de bien situer celle-ci par rapport à l’ensemble »,

Un des moyens majeurs pour l’acquisition de cette culture est la mise en place de la scolarité obligatoire jusqu'à 18 ans.

Les réformes successives de l’éducation nationale ont plutôt tendance, en cohérence avec le système économique que nous vivons, à favoriser les inégalités scolaires par la démultiplication – entre autre -  des « parcours différenciés », la mise en  concurrence des établissements scolaires entre eux, leur privatisation.

 

C’est ce que démontre le tableau schématique que nous avons réalisé ; c’est ce que dit la lettre aux éducateurs de Nicolas Sarkozy quand il précise que… « s’il  souhaite réformer le collège unique pour que chacun puisse y trouver sa place,…il n’est pas pour la libéralisation des savoirs qui mène à la confusion »…au point que 150.000 élèves sortent du système scolaire sans diplôme.

Cette démarche est dramatique quand nous sommes dans une période de prise de conscience de la nécessaire prise en main de sa destinée par l’espèce humaine, quand elle se voit capable d’inventer des moyens d’auto destruction aussi subtils que l’énergie nucléaire…qui…d’un incident technique à Tchernobyl…montre sa capacité à détruire…en très peu de temps une bonne part de la croûte terrestre et des êtres vivants.

Mais alors, si l’incident pacifique génère autant de drames, qu’en serait-il de l’explosion volontaire d’une vrai bombe nucléaire ? Nous laisserions nous entraîner vers ce suicide collectif ? oui ? non ?

Un président de la république pourrait décider d’appuyer sur le bouton seul ?oui ?non ?

Ne faudra-t-il pas qu’un jour nous proclamions de renoncer à la bombe nucléaire ?

Cette question montre bien l’enjeu de savoir à qui confie-t-on la planète, sans parler de la masse de pognon qu’il y a à récupérer.

Alors, je dirai, avec Albert Jacquard, Axel Kahn , Grand Corps Malade, Ricardo Petrella, et tant d’autres…confions la planète « à tous les humains, y compris à ceux qui ne sont pas encore nés ! ». Ce qui veut dire que « tout humain est partout chez lui sur la planète », implique une libération effective des mouvements migratoires…ainsi, à terme, je rêve que la carte d’identité disparaisse..

Mais, comment devient-on humain ?..n’est-ce pas par l’insertion dans la collectivité humaine que l’on devient humain ? qu’on en prend conscience ? c’est par la rencontre avec des personnes que l’on devient une personne.

Dans le contexte de notre société de la mise en concurrence de tous contre tous, ne faut-il pas repenser l’école pour en faire l’école de la rencontre ?

 

Rencontrer les autres pour se construire ou se battre contre les autres pour les dominer, tel est un des enjeux me semble-t-il de notre lutte des classes.

Zahra :

 

Présentation du document :

   Nous avons voulu partager l’interrogation sur le thème « l’école au service d’un projet de société » et réfléchir à partir du plan LW en examinant ce qui a été réalisé et ce qui ne l’est pas.

-         Ce qui a été réalisé au PLW :

        La politique des cycles ; le collège unique ; les lycées accueillent plus de 70 % d’une classe d’âge ; la scolarité jusqu’à 18 ans qui devient un droit de fait (une grande majorité d’élèves poursuivent jusqu’à 18 ans) sans être devenue obligatoire ; le niveau scolaire qui s’est élevé ; la massification qui a fait baisser la dualité entre l’école du milieu rural et l’école urbaine ; l’élargissement de l’offre scolaire ; 50% des élèves obtenaient le certificat d’études quand 65% obtiennent le baccalauréat.

-         Ce qui n’est pas réalisé :

          Le corps des enseignants élémentaires et collèges n’est pas unifié, ce qui brise la continuité éducative ; la voie professionnelle reste une voie de relégation ; le divorce entre enseignement et éducation ; la distance entre éducation nationale et l’éducation populaire.

Quand les enseignants  engagés dans la vie sociale sont des vecteurs de culture, quand l’école peut être un foyer de culture ouvert à tous au-delà des heures scolaires.

Par ailleurs,le Réseau Français des Villes Educatrices a lancé depuis 2 ans un grand chantier qui a produit l’Appel de Bobigny . Celui-ci a pour objectif de concevoir un  projet éducatif, un projet pour la jeunesse en France.

Sylviane :

 

Il faut situer le PLW. Après guerre, il y avait un besoin énorme dans les secteurs de l’emploi. Tout le monde avait du travail. Il y avait une confiance forte dans la science. Le PLW est une formidable ambition pour répondre à l’objectif : donner à tous une école de qualité, répondre aux questions économiques et d’emploi, répondre aux questions pédagogiques.

Aujourd’hui, répondre à la question des jeunes de trouver un emploi est une donnée nouvelle. La société est nouvelle, les aspirations ont changées, les métiers sont  nouveaux. Il faut répondre à de nouveaux besoins.

Zahra :

Est-ce à dire que le PLW est une ambition utopiste ? Qui n’avait de sens qu’au sortir de la guerre ?

 

 

Directeur d’école à Nanterre :

Je m’occupe d’enfants d’âge élémentaire.

C’est là où se construit l’enfant dans sa globalité, là où il faut l’aider à grandir dans sa globalité. Les moyens mis en oeuvre pour y arriver ne sont pas satisfaisants.

 

Même si les formations sont mises à mal, les enseignants viennent avec envie et coeur. Ce qui se passe actuellement n’est pas satisfaisant.

On ne peut faire l’économie dans la société de s’engager avec un plan ambitieux pour les enfants.

Laisser de côté les enfants  fera des adultes sans espoir…On le paiera.

 

Restons optimistes, la matière première est là, vivante et a envie d’apprendre.

Bernard G. :

 

Ne pas donner un bilan de ce qu’a fait l’école ces 64 dernières années, c’est cultiver la désespérance. Quand LW ont fait leur plan, on était à 12 ou 13% de bacheliers quand aujourd’hui on en est presque à 65%. Ne pas montrer aux familles que l’école a considérablement progressé et qu’elle est capable de le faire encore c’est les envoyer chez Acadomia.

La partie gauche du document gagnerait à mettre ce que tu as dit, à mettre en évidence ce qui est dit et pas écrit.

 

Je me méfie des références bibliques aux textes sacrés. Quand on dit que chaque année, il y a plusieurs dizaines d’élèves qui sortent de l’école sans formation…

Aucun pays au monde n’a réduit complètement le noyau dur d’élèves qui sont de moins en moins nombreux.

Certains pays d’Europe du Nord s’en sortent mieux.

Il ne faut pas tomber dans une référence mystique. Le PLW est connoté historiquement.

Il y a des compétences que le PLW n’avait pas prévu : se servir d’un ordinateur…. Ne sous-estimons pas la capacité de l’école à s’adapter si non, on va cultiver la désespérance.

 

Zahra :

 

Le plan de PLW a servi de référence pour nous aider à réfléchir ensemble à quel projet de société, pour quel projet d’école.

Directrice d’école de Nanterre :

J’ai fait toute ma carrière dans cette commune.

J’ai vécu les inquiétudes/attentes de cette institution

Je ne suis pas devenue directrice pour rendre l’école rentable.

Je suis inquiète quant à la formation des maîtres. Le métier d’enseignant s’apprend.

 

Les postes pro des jeunes collègues sont très précaires.

Des maîtres peu formés deviendront des enseignants en difficultés et mettront leurs élèves en difficulté.

Cette formation des maîtres, j’aimerais qu’on la remette dans un plan où on lui donne sa juste place, avec beaucoup plus d’exigence : c’est le fondement de tout.

 

Je ne vois pas où on peut aller si on ne donne pas aux enseignants une formation digne de ce nom.

Gilles GC :

L’école m’a apporté plein de choses. Que des bons souvenirs. Des professeurs, des enfants de mon âge.

 C’est un lieu de partage, un lieu de vie.

 

Comme Bernard, je suis très méfiant sur les dogmes. La politique du gouvernement actuel repose aussi sur un dogme ; celui de supprimer les postes de la fonction publique.

Au sortir de la guerre, on met en place le PLW dans un pays où il y a moins de moyens qu’aujourd’hui et aujourd’hui… l’argent coule à flot…on supprime des postes de la fonction publique…16000 postes en moins… Comment cela se traduit dans tous les lycées ? Est ce que c’est une nécessité, est ce que vous trouvez les moyens de vous adapter à cette diminution ?

 Le nombre d’élèves par classe contribue au bien être et à l’épanouissement des gamins dans ces classes.

En supprimant des postes, il me semble qu’on augmente le nombre d’élèves par classe. C’est un élément qui rend les choses plus compliquées.

Régis  S:

Formateur à l’IUFM., enseignant en LP.

Les IUFM sont mis en concurrence.

Je suis intéressé par le PLW.

Dans la commission (du Plan Langevin Wallon)il y avait des profs comme Fernand Canonge, (prof des écoles nationale d’apprentissage.)

Camonge disait « le centre d’apprentissage doit réussir là où l’école primaire a échoué ».

Aujourd’hui, on peut dire que le Lycée Professionnel doit réussir là où le collège a échoué.

A propos d’envie d’apprendre, les élèves disent … « j’apprends la vie ailleurs qu’à l’école ». Les élèves arrivent dans certains établissements fâchés avec l’école.

…....des élèves qui font tout pour se détourner du travail … « je n’ai pas le sentiment qu’on est là pour moi, on n’est pas là pour m’apprendre, je suis une merde j’ai échoué »…Des jeunes de 17 ans…. « Je n’ai pas choisi d’être là » me disait une élève « on m’a envoyé en « bio service », je croyais que c’était de la biologie…quand j’ai compris que j’allais faire du ménage, je ne savais pas qu’un prof de ménage ça existait » .

Là réalité c’est cela. Cela représente 20% des élèves qui se retrouvent en LP…ils ne se projettent plus dans le métier comme c’était le cas auparavant, ils se projettent dans l’emploi. L’emploi qui leur est proposé est le plus dévalorisé.

Après, il y a différents facteurs qui ont fait que le LP est dévalorisé. Parfois ça marche.

Le crédo du lycée professionnel hérité du PLW était de former l’homme, le travailleur et le citoyen. Il faisait le lien avec l’éducation populaire, avec les méthodes actives…………..

Profs…vous vous plaignez que les élèves ne s’intéressent pas à l’histoire….F.Canonge disait… « Débarrassez vous des manuels poussiéreux, faites des enquêtes, parlez de la vie avec vos élèves ».

   Aujourd’hui on ne sait pas le faire, on n’y arrive plus, on est en panne.

Bernard Charlot, prof à Paris VIII …dit…« Pour transmettre, il faut avoir le désir de transmettre mais il faut  aussi que l’autre ait le désir que vous ayez le désir de lui transmettre ». On le sent.

J’ai des collègues qui arrivent en retard en cours comme leurs élèves. Il y a autre chose que la question des postes. Il y a un idéal que l’on est en train de perdre.

Les élèves se disent « c’est là où on doit m’apprendre »

J’ai eu mon premier poste à Palaiseau, en BEP Secrétariat….un élève dit « je ne sais pas lire, je ne sais pas écrire, ils m’ont envoyé en Secrétariat. C’est fou. ». Une jeune fille de 15 ans qui fait des études de pressing….Elles sont toutes en blouse jaune, identifiées, derrière des vitres; 14h de repassage par semaine.

 Il y a des enfants à l’école primaire qui ne veulent pas aller à l’école.

 Elle génère des souffrances chez un certain nombre d’enfants.

 

Le PLW c’est un texte qui avait des principes forts, un idéal pour l’école. C’est ce qui nous manque aujourd’hui.

 

Le principe d’éducabilité est sorti du vocabulaire. La plupart des collègues ne pensent pas que les enfants peuvent apprendre. S’ils le pensaient, ils viendraient en formation. Ceux qui viennent sont les plus motivés. Aujourd’hui, il y a beaucoup de collègue qui n’y  croient pas.

Maintenant vous êtes évalués par les entretiens avec les chefs d’établissements. Après 20 ans de carrière, cet entretien ça ne sera pas que pour vous évaluer mais pour engager une 2ème carrière …hors de l’éducation nationale.

La suppression de poste :

J’ai 12 élèves dans une classe. Une classe qui explose littéralement.

Le système scolaire dit « tu vas trouver du travail ma chérie » mais quel travail ?

Une élève sans papier, 16 ans, elle est embauchée dans un pressing. « Je ne vais pas en CAP ». Le système scolaire a amené, à chaque fois qu’on crée une section, une offre de formation, un panier de sélection. ..ça pose un vrai problème.

Le PLW est hérité du CNR. Ca c’est pensé avant la libération. L’idée, c’est de transmettre une culture qui soit différente que celle : « il faut introduire dans la tête des élèves un tas de savoir ».

 

Puisque le peuple le plus cultivé de l’entre-deux guerre est le peuple allemand. Ce qui a amené à la barbarie. Chez les penseurs nazis…..il y a pas mal de philosophes ; ça interroge.

Zahra :

La réalité des établissements : ce n’est pas qu’une question de moyens dit Régis.

Alain Bocquet :

Il y a une difficulté entre un regard sur les problèmes concrets  et l’invitation de Serge à réfléchir sur « l’humanisme ». Je résonne comme Serge.

Quand on a fait « Les Temps Fort de l’Education », j’avais proposé comme slogan « Nanterre veut de l’école »… je trouvais que c’était bien… « On en veut ou on n’en veut pas »…. Ce qui s’applique à Nanterre s’applique à la société Française aujourd’hui.

Oui ou Non : Est-ce que la Société Française veut ou non s’inscrire dans 3 axes :

1er axe : un projet de société. Est-ce- qu’on est encore une nation capable de produire un projet de Société

 

En matière éducative, qu’on se réfère à l’époque des Jésuites, de Jules Ferry, de LW, il y avait un projet de société explicite ou implicite qui sous-tendait clairement le projet éducatif de la nation.

Aujourd’hui, je prétends que ce projet là n’est ni explicite ni implicite, il est flou, il est absent, divers, il part dans tous les sens.

 

Les citoyens, les contribuables, les électeurs…la 1ére chose pour laquelle il faut venir, c’est oui ou non « on a un projet de société.»

Dans ce projet de société, y a t-il un projet d’éducation ?

Par ex : les rapports Nord - Sud : Oui ou non est-ce que c’est une question pour le siècle qui vient. Je pense à  ce qui se passe en Egypte. On a, dans l’histoire, des civilisations qui ont disparu. L’Occident dans lequel nous sommes pourrait disparaître si on ne se pose pas sérieusement ces questions de rapport Nord Sud.

D’accord avec Régis, nos enfants qui ne comprennent rien à rien, je vous promets que si on leur  explique dans nos cités populaires, ils vont comprendre de quoi on parle.

Une autre question, c’est l’écologie au sens large du terme, la sauvegarde de la planète, l’eau, les ressources, etc…ça aussi c’est forcément une question pour les siècles qui viennent, ça pourrait tout à fait sous-tendre un projet de société, un projet éducatif.

On pourrait très bien se dire « les enfants qu’ont forme ce sont ceux qui devront régler la question des rapports Nord Sud, ce sont ceux qui devront régler le problème écologique et on peut en citer d’autre.

Le 2ème axe : c’est celui de l’affirmation du service public 

 

dit autrement, la combinaison entre le singulier et le pluriel avec la conviction qu’il n’y a pas de destin individuel qui ne soit accroché au destin collectif. Il n’y a pas de destin collectif qui ne soit accroché aux destins individuels.

Faut se poser cette question là aujourd’hui. Parce qu’il y a un déni chez les gens du gouvernement aujourd’hui, mais pas seulement. Cela traverse la société « le chacun pour soi »… « après tout qu’il se démerde »… «vive les meilleurs ».

Cette idée que l’on ne peut pas être en bonne santé si les autres sont malades, si on réfléchit à cela et que l’on se met d’accord, on réaffirme le service public, on le pose comme étant le projet de société, une nécessité.

Le 3ème axe : la capacité de s’inscrire dans la durée.

 

Il n’y a pas d’éducation sans durée. N’importe quel papa, n’importe quelle maman ne peut pas envisager pour son enfant : c’est demain matin que vous pourrez faire le bilan de ce qu’il a appris la veille. On a bien compris que cela durait 20 ans, voire plus, et que c’est dans cette durée là que l’on va s’inscrire.

Aujourd’hui on discute de l’éducation, on discute même de la société comme si c’était demain matin que c’était fini. On marche sur la tête.

Il faut réaffirmer la nécessité de transcender les échéances électorales. S’inscrire dans « l’unité de compte qu’est la génération ». On travaille pour la génération future. C’est dans 20 ans.

 

Si on arrivait à faire venir ce débat là dans la société,… ce n’est pas le cas….

Avec le réseau professionnel dans lequel je suis, on a analysé les discours électoraux depuis 20 ans, les propagandes électorales depuis 20 ans, … rien de ce que je viens de dire ne figure dans les corpus des partis politiques. Mais pourtant, c’est cela qu’il faudrait faire venir, alors… on aura réglé aucun problème. Une fois qu’on aura mis cela dans le débat on aura toujours les mêmes problèmes, mais on n’aura pas la même lumière sur ces problèmes… Y compris les adultes qui se mobiliseront pour affronter les problèmes « si on a la capacité d’avoir les yeux sur un horizon,on n’aura pas la même façon d’avoir les pieds dans le gazon ».

Lizbeth :

 

Je travaille au service culturel de la ville.

Si je viens aujourd’hui à cette rencontre c’est parce que j’ai baigné dans ce monde de l’éducation populaire par ma formation de base et par ma formation universitaire qui était baignées de ce sens de valeurs éducatives au sens large.

Je pense que les textes sont toujours d’actualité même si les mots sont connotés d’un certain passéisme. Ils ont toujours la même valeur qu’à l’heure où ils ont été écrits. Je pense qu’ils sont d’autant plus forts. Les témoignages des uns et des autres laissent à penser que la société va mal, les difficultés sont de plus en plus grandes par rapport à ce que nous rencontrons en direction des enfants et de leurs familles.

Je ne viens pas du monde de l’enseignement ni de l’école. J’ai toujours eu à coeur dans ma formation, il a toujours été important et vital, c’est même le sens du service public tel que tu nous invites à y réfléchir, comme quelque chose qui est un partenariat incontournable.

La famille, l’école, les enseignants, le monde de l’adaptation au sens large, … je pense qu’il faut continuer, qu’il faut militer… Le mot de militant doit reprendre vie

Comme vous disiez, il y a beaucoup de jeunes enseignants qui n’ont pas cette envie d’apprendre, envie de découvrir, de prendre plaisir avec les élèves et les enfants.

Il faut changer de crèmerie, si on n’a pas cette envie là, ce plaisir là, se lever le matin, on va rencontrer des classes, des élèves, on va partager avec eux.

Ca ne pouvait pas être ce que c’est maintenant, c’était impossible, même si l’outil technologique allait arriver il ne pouvait être que dans le sens d’un projet pour tous mais pas pour chacun et je pense que même Wallon quand il est allé au festival de Cannes en 47 pour défendre le film pour l’enfance, parce qu’il est descendu avec d’autres militants culturels (il était président d’un mouvement d’éducation pour la jeunesse dans le monde du cinéma). Ils sont descendus à 10 et ils ont fait botter en touche Cannes en travers du cinéma pour l’enfance et la jeunesse.

C’est toute l’oeuvre de l’école du cinéma qui est là maintenant, qui aussi balbutie de tous les côtés. ….Parce que les enseignants ne savent plus ce que c’est…. Ils rentrent ou pas dans le processus, ils connaissent, ils ne connaissent pas, leur rapport à la ville, au projet local (on aura un gros boulot. Il y a 2 jours on était à un débat autour des ZEP…  30 ans de ZEP maintenant, qu’est ce que c’est ? Le travail partenarial, où en est-il ? Comment on se remet à travailler dans ce sens là ?

Je sais qu’ici, à Nanterre, on protège, on continue, le service enseignement, le projet éducatif local. Je pense qu’on a encore à travailler, à continuer, à peut être se redresser.

Zahra :

 

 Que peut-on  faire ensemble ?

Corinne M  :

Je viens de Suresnes.

L’école Républicaine  doit assurer l’égalité de tous les citoyens et l’émancipation sociale comme individuelle.

C’est dans ce contexte que les profs enseignent.

Que l’école soit à la fois un lieu où l’on instruise et un lieu où on éduque pour permettre aux élèves de devenir des citoyens responsables. Qu'ils puissent se rencontrer les uns, les autres.

C’est le principe aussi de la laïcité, de vivre ensemble. Est-ce qu'un jour ce principe a existé dans notre école, je n'en suis pas sûre. Parce que finalement, j’ai l’impression que tout ce qu’on essaye de faire c’est de former une école de l’élite républicaine. Former une élite et animée de sentiment juste, pour assurer dans le monde une égalité entre les gens, mais, finalement, en gardant l’image d’une société où il y a une classe dominante, une classe de dominés.

Et cette classe dominante, qui a le pouvoir économique, pour pouvoir le conserver, doit conserver aussi le pouvoir intellectuel.

Je me suis appuyée sur un travail que nous avions fait sur la fracture linguistique en montrant que le mécanisme de pouvoir, naît aussi de cette fracture linguistique et que si on regarde bien ce qui se passe aujourd’hui,  les héritiers de Bourdieu continuent d'hériter

 L’école de Jules Ferry n’est pas l’école qui est décrite dans le PLW, c’est en cela qu’il est encore actuel, c’est ça l’école

 Comment faire une école républicaine dans une société qui de toute façon, a toujours été fondée sur le profit et l’inégalité ?

J’ai lu un livre de Marceau Pivert « Vive l’école ». Il dit,… pour continuer de formater les enfants dans cette idée d’une société hiérarchisée avec une classe dominante et une classe de dominés. Il dit,…. dans les années 40 « Des millions d’hommes travaillent et s’épuisent pour que d’autres jouissent et se reposent ».

Je crois que le projet de société actuel est là; on revient avec toutes les mesures prises, tous les cadeaux faits aux écoles privées qui deviennent le modèle d’une école où on fait tout pour que les enseignants du public ne puissent plus enseigner.

J’ai plein de copines qui disent « On n’a pas le temps d’apprendre » « Les enfants, on est  obligé de les évaluer en permanence. On ne fait que çà » « Nous on est évalué, eux ils sont évalués. Il n’y a plus de temps pour l’éducation, l’instruction ».

En fait, je pense que le problème il est là. Il y a un vrai travail à faire.

« Le mouvement des « Désobéisseurs » est un mouvement qui gagnerait à être généralisé dans le service public.

Très courageux,… quand les enseignants refusent la base élèves. Je ne vois que ça comme moyens pour résister à ce qui se passe en ce moment et qui vient de loin. La massification, elle n’a pas été faite dans l’intérêt des élèves, on a continué de vouloir les formater à une société préétablie.

A aucun moment il faut former les élèves parce qu’il y a tels métiers qui en ce moment sont porteurs. Ce n’est pas ça. C’est former des élèves qui eux-mêmes soient capables de créer des métiers.

Zahra :

 

Quelques propositions de la part de Corinne de se mettre en contact avec des Désobéisseurs.

On ne pourra pas rassembler, on ne pourra pas aller au-delà si nous ne pensons pas aux stratégies « Comment faire pour rallier le plus de monde possible ».

 

Si je prends des gens d’un quartier qui n’ont pas toute cette connaissance, cette culture commune sur ces questions là, comment je fais pour les ramener vers nous pour que cette discussion puisse avoir du sens, de la compréhension et qu’on puisse aller au-delà de la réaction immédiate qui est : « J’ai besoin de moyens, je réagis parce que je me mobilise, je signe une pétition ».

Oui…. mais au-delà de ça, pour construire, comment allons nous faire pour construire ensemble… « qu’est ce que je propose ? ».

Bernard :

 

 L’intervention du collègue du LP a fortement fait écho en moi.

Globalement, ce que l’on dit les uns et les autres :

Quand une société n’a plus d’ambition, n’a plus de souffle on voit mal comment les institutions de cette société là pourraient en avoir : en gros, les objectifs qu’on assigne à l’école traduisent les ambitions que l’on a  

Nous étions quelques uns dans cette même salle avant-hier, il y avait des collègues des lycées et collèges de Nanterre, qui vivent la situation que décrivait Gilles sur les moyens. Ils   perdent des moyens,  assurément, il en reste encore pas mal, beaucoup même.

J’essaye de faire parler les chiffres qui avaient été distribués ce soir là dans la réunion.

A mon avis la seule façon de combattre la désespérance, et je reviens à mon point de départ, c’est, dans l’état actuel des choses, avec les moyens dont on dispose.

Est-ce qu’on ne pourrait pas mieux faire vivre les écoles ici aujourd’hui à Nanterre, et le second degré…. c'est-à-dire que certes, tout n’est pas parfait, loin de là, mais il y a cette question d’un espoir perdu aussi bien chez les élèves que chez les enseignants.

Et si on essayait modestement à l’échelon de la localité, par le biais des rencontres, de construire un projet de l’école pour Nanterre sans attendre que les moyens tombent du ciel.

 

De toute façon, ils ne tomberont pas…. mais avec les moyens dont on dispose est-ce qu’on ne peut pas déjà faire mieux pour montrer à ces gamins qui se disent « de toute façon, « pressing », je n’ai pas besoin d’aller à l’école pour ça » et à ces collègues qui restent en salle des profs parce qu’il y a des jours où, franchement, pour  aller en cours, il faut avoir un sacré dynamisme.

Parce que tout ça est dialectique. La dialectique, ça marche dans le sens positif, mais sa marche aussi dans le sens de désespoir (le désespoir des uns nourrit le désespoir des autres).

Je pense que, à défaut d’avoir un projet pour la société et puisqu’on est un petit peu à Nanterre, qu’il y a par ailleurs le soutien logistique de la ville, est-ce qu’on ne pourrait pas se donner pour objectif, dans 1 ou 2 ans, mais en commençant tout de suite, de construire un projet qui marche ?

Des petits projets, à Doucet, à Gallois, dans tous ces collèges qui souffrent, en relation avec les services culturels de la ville, revivifier tout ce qui a fait longtemps qu’un implicite  collectif ça allait de soi. On faisait appel au service culturel de la ville. Mais ça va de moins en moins de soi. Est-ce qu’on ne pourrait pas prendre son bâton de pèlerin et repartir là-dessus ? C’est modeste.

On ne changera pas la société avec ça. Mais je veux dire par là, c’est ici à Nanterre que l’on doit et que l’on peut commencer. Puis par cet intermédiaire cela se poursuit, s’étend à  d’autres villes Cela pourrait progressivement redonner confiance aux acteurs .et aux familles dans le même temps.

 Mr le Maire de Nanterre a pris la parole mardi pour poser une vraie question qui est au coeur de la problématique de la réussite dans les écoles de Nanterre. On a réussi une certaine mixité sociale dans les rues de Nanterre,…On va dire que les cadres moyens ou les cadres supérieurs qui ont acheté des pavillons Boulevard de la Seine font volontiers leur marché aux côtés des gens qui habitent les tours de la rue Zilina, mais ils n’en sont pas à mettre leurs enfants dans les mêmes établissements scolaires….

Et si on arrive un petit peu à montrer à ces gens là que même dans les établissements de Nanterre on peut réussir ses études et faire des choses intéressantes alors ça déclenchera dans l’école et autour une certaine dynamique.

Evelyne :

 

C’est vrai que quand j’ai commencé à travailler sur ce sujet, c’était aussi dans l’objectif de montrer qu’on pouvait faire autre chose.

Effectivement, pourquoi pas commencer à l’échelon de la ville, en espérant que cela ait un effet boule de neige. Montrer, ça veut dire ça aussi, faire. On peut faire autrement.

J’adhère tout à fait l'idée de projet éducatif pour l’instant local, dans une perspective d'élargir. C’est le sens de mon engagement.

Lizbeth :

Je voulais revenir sur ce que vous dites…par rapport à ce qui a été fait à Nanterre.

Je crois qu’il y a déjà beaucoup de choses qui se font à Nanterre en relation avec l’école la Ville...

Je pense qu’on peut prendre le travail de tout le service « jeunes publics » en relation avec les classes élémentaires, les classes transplantées, les rapports aux centres de vacances…je pense qu’i y a encore des choses à faire, je crois qu’il faut qu’on continue, qu’on les poursuive. Souvent, c’est par ce biais là qu’on aide des classes à sortir, partir en vacances, s’extraire du milieu, à découvrir…

J’ai vraiment envie de pointer cette idée de découvrir, découvrir l’autre, se re-découvrir autrement.

Par contre, la relation avec les collèges et les lycées, pour l’instant, on est, institutionnellement sur de la bonne volonté.

Rien ne nous oblige à entrer en relation, à être invité par le collège ou le lycée. C’est souvent une relation duelle entre un principal ou un enseignant du lycée – et là je parle de Joliot Curie – où c’est souvent par des relations individuelles, amicales…ou des valeurs partagées…dans des instances comme celles-ci qu’on arrive à travailler ensemble…mais rien ne nous invite…il n’y a rien de déclaré, ni d’un côté ni de l’autre,…. à ce qu’on travaille ensemble.

Zahra :

Mais parfois le fait de ne pas être obligé, donne plus de valeur au travail partagé.

Lizbeth :

 

Tout à fait. … Mais est-ce qu’on ne pourrait pas aussi s’inviter à développer….

On s’aperçoit que « l’après école », le rapport éducatif  par rapport au monde culturel…je pense encore à la saison Jeune public…

On voit bien qu’il y a une fracture dans le passage au collège par rapport aux motivations des jeunes adolescents à revenir, à appréhender le rapport à la culture…. On a encore du travail à faire sur un maillage, un tuilage.

Régis :

 

Dans le PLW, il y avait un projet de société, un projet politique.

C’était quand même construire une société nouvelle, dans un futur monde socialiste.

C’était peut être pas écrit dans le PLW, mais ceux qui ont participé, L’ont  même écrit  et dit.

Finalement, l’école qui serait l’école de l’élitisme républicain serait celle qui comme à l’époque s’adressait à la jeunesse ouvrière avec l’idée qu’ il fallait qu’elle accède à la culture légitime de la République et des élus.

Alors qu’aujourd’hui la jeunesse est considérée comme un tout homogène qu’on nomme les adolescents -, comme s’ils étaient tous pareils, avec le même vécu

Là, on a un vrai problème à creuser au niveau de l’école…. Sur quelle culture ?

 

Beaucoup d’enquêtes montrent qu’il y a des élèves qui disent « moi,  ça ne me parle pas ce qu’on me raconte ».

Parler des questions d’écologies, environnementales, c’est tout un pan des nouveaux programmes sur les questions du développement durable, notamment en géographie.

Comment on amène les élèves à faire des choix après avoir fait des constats « si je fais le choix, par exemple, de ne plus avoir l’énergie nucléaire, quelles en sont les conséquences ? ».

Ce n’est pas aux profs de le faire, mais il leur appartient d’amener l’élève à réfléchir à ces questions là.

Ça  y est, au coeur des programmes. Mais ça existe. Ils ne sont pas aussi nuls que ça, aussi « idéologiques » qu’on veut le dire.

Dans les classes on les fait vivre autrement que ce qu’ils sont écrits, heureusement.

On peut faire de la résistance passive dans les établissements. Il y a une vraie réflexion à avoir sur l’école, là-dessus.

Sur le projet de société, si ce n’est pas articulé à un projet politique on restera dans le flou. Le projet politique, il affirme un certain nombre de principe qui peuvent ensuite se décliner.

C’est la question de l’Egalité des chances.

Je viens de lire un ouvrage de François Dubet « L’Egalité des chances ou l’Egalité des places ».

A un moment donné, on sait très bien que le jeune de quartier qui ne sera pas forcément en réussite scolaire, ne fera peut être pas polytechnique. A un moment donné, quelle place on lui donne dans la société.

Comment est reconnue cette place et quelle est la culture dont il a besoin pour pouvoir s’en sortir et être reconnu en tant que personne, travailleur, citoyen…

La question des partenaires.

   Quelles sont les villes éducatrices ?

On est plusieurs partenaires à intervenir.

Les lieux de savoir ne sont pas qu’à l’école.

Redéfinir les fonctions de chacun dans les partenariats…. Mais on ne peut les redéfinir que dans le cadre de formation commune, de temps en commun.

Qu’est-ce qu’on fait après l’école, qu’est-ce qu’on fait dans le soutien scolaire à Nanterre ?

Comment des gens qui ne sont pas des professionnels de l’école s’engagent aux côtés des professionnels de l’école ? Quel est leur fonction ? Est-ce qu’elle est vraiment dans le cadre de la réussite scolaire ? Quels sont les principes que va affirmer la ville de Nanterre ? Comment elle les fait vivre avec tous ces partenaires ? Sur quel temps on les fait vivre ?

Un enseignant aujourd’hui n’a pas le temps !

Dans le cadre des ZEP, il avait du temps pour rencontrer les partenaires, travailler ensemble, réfléchir dans l’accompagnement le plus efficace possible de par sa position à chacun pour les élèves, sur un territoire…Il y a des choses auxquelles il faudrait réfléchir. « Dans le cadre des animations pédagogiques, il peut y avoir d’autres invités  que les enseignants  » Est-ce-que l’on peut utiliser l’Université de Cergy Pontoise pour avoir des temps de formation ? Où il n’y a pas que des partenaires de l’école,… des parents d’élèves, … des gens qui travaillent sur la parentalité, …il peut y avoir des animateurs.

 Florence G  :

 

Je suis aussi infirmière au Centre d’Education Familiale de Nanterre. Avec Manon j’interviens dans les collèges, lycées, Centre de formation et d’insertion professionnelle pour les jeunes travailleurs, instituts médicaux éducatifs, milieu carcéral…en prévention et éducation à la santé.

Nous, on est un peu confronté à une résistance qui est, quand on intervient dans les établissements, de ne pas pouvoir travailler avec les professeurs pour construire nos projets ensemble. Donc, en fait, on arrive le plus souvent, pas partout, comme prestataire de service. C’est dommage, très dommage, et ce n’est pas du tout notre objectif.

On n’a pas envie de travailler comme ça et on se bat, à l’espace Santé Jeunes pour travailler autrement.

Nous, on souhaite travailler sur des projets qui peuvent peut être faire bouger un peu les choses. Au travers tout  ce que vous venez de dire….

Chez ces enfants, j’entends beaucoup de souffrances.

Vous avez parlé de souffrances générées chez les enfants ; je crois que quand les adultes souffrent, les enfants ne peuvent que souffrir. Donc, il va falloir soigner tout le monde

 

Comment voulez vous que des enfants ne souffrent pas s’ils ont face à eux des adultes en souffrance ? Les adultes perdent confiance, perdent en estime d’eux-mêmes, donc les enfants ne peuvent pas « être bien ».

Le monde a changé. Il ne faut pas l’oublier. On est dans une société où il y a énormément de divorces, de familles monoparentales, des familles éclatées. Avant, on était réunis, il y avait les oncles, les tantes, les cousins…on est quand même très très disloqués aujourd’hui.

Beaucoup de choses entrent en jeu ; la souffrance des parents…. J’ai été infirmière scolaire pendant 8 ans…j’ai des visions, des prismes, des regards qui sont différents. J’ai travaillé au Lycée Joliot-Curie, sur des collèges à Rueil.

J’ai vu la souffrance des enseignants. Qu’est-ce que l’on fait avec ça ? Comment peut-on travailler là-dessus ? Cela me semble important.

Actuellement, j’ai face à moi,…. les adolescents n’ont qu’une envie, d’être bien à l’école.

Quand je passe dans ces classes, je suis ravie de les rencontrer, ils nous accueillent magnifiquement.

On sent qu’ils ont un besoin, il y a quelque chose qui les anime, ils ont un appétit. Il faut qu’ils soient acteurs de ce qui se passe à l’école. Il faut qu’ils portent les choses. Ils ne faut pas seulement qu’on leur apporte, il faut qu’ils puissent aussi s’en saisir et créer avec nous.

 

Je pense que l’estime de soi, on arriverait à la reconquérir, de la place de l’enfant, de l’adolescent et de la place de l’adulte.

 Je crois aussi qu’il faut que vous vous fassiez tous confiance les uns les autres.

Je crois qu’il y a quelque chose à réinventer dans la transversalité.

Je vois qu’il y a un metteur en scène, je vois Lizbeth… Je crois que la transversalité dans l’art, travailler la transversalité culturelle, artistique, ça aussi ça redonne de l’estime de soi, de la confiance en soi parce que on est acteur de ce qui se passe.

 

Manon :

Quand on intervient dans les collèges, quand je fais mon planning d’intervention…Il y a certaines interventions qui durent 2 heures. C’est trop long. On se trouve en opposition avec les profs.

Pour certains profs, on prend du temps sur leur programme On se retrouve en opposition au lieu de travailler ensemble et de faire en sorte que pour les élèves ce soit plus intéressant.

Zahra :

 

Parce que c’est considéré comme une prestation et non comme une nécessaire complémentarité.

 

Manon :

 

C’est ça…on est des prestataires. Aujourd’hui on est des prestataires. J’interviens dans le collège Paul Eluard. Les élèves accrochent à mes interventions. Ça se passe très bien. Ce ne sont pas les classes les plus difficiles. Les classes les plus nombreuses ne sont pas les plus difficiles avec moi. J’ai eu la semaine dernière une classe de 12. J’étais fatiguée. En 1 heure, j’avais l’impression d’avoir travaillé 8 heures de suite sans arrêter.  La classe de 30, ça s’est merveilleusement bien passé parce que c’était des élèves différents dans les deux classes.

 

Je pense qu’on pourrait faire quelque chose avec les profs, si on arrivait, à les rencontrer. Mais on a beaucoup de mal à les rencontrer.

Florence :

 

Je voudrais ajouter que quand j’interviens, je donne beaucoup la parole aux élèves et je crois que quelque chose s’opère.

Le fait qu’ils puissent s’exprimer, qu’ils puissent donner leur avis, qu’ils puissent faire eux-mêmes des choix, qu’ils puissent réfléchir, se poser des questions. Ça rejoint beaucoup de choses que j’ai entendues. Je le vois 2 heures par classe, 2 heures de temps en temps, depuis des années, c’est vraiment quelque chose que je ressens très fort. C’est magique. Ils sortent vraiment beaucoup de choses et je pense vraiment que l’on peut créer avec ces enfants.

Je pense qu’il faut faire  alliance, quelque chose qui s’opère là aussi.

Bruno F :

 

Je suis venu ici pour écouter. Je connais assez mal. Je n’ai pas une vision de l’éducation, a part en tant que père.

Depuis 3 ans, j’essaye de développer avec ma compagnie et, beaucoup, avec le soutien du théâtre des Amandiers à Nanterre, des actions dans les établissements scolaires, et donc, ça m’a notamment amené à intervenir à Joliot Curie, à Gallois, à Victor Hugo…

J’ai vu  comme ça quelques établissements de la Ville et je suis pour l’instant dans une approche « au projet »,… faire des expériences avec les élèves.

On travaille beaucoup des questions :

« Comment associer l’art/l’expression artistique et des enjeux plus politiques ou géopolitiques ? ».

Ça peut paraître parfois surprenant pour les gens que l’on rencontre. On est habitué à ce que les choses artistiques dans les établissements soient plus des initiations sur le « théâtre pur et dur », sur « l’art théâtrale ».

J’essaye beaucoup de les encourager à réfléchir, à essayer d’écrire

Zahra :

 

Peux-tu nous  donner l’exemple du travail autour de la pièce Stuff Happens

Bruno F :

 

Oui par exemple,

J’ai travaillé sur une pièce, il y a 2 ans, aux Amandiers, qui s’appelle « Stuff Happens », qui retraçait les mécanismes diplomatiques et médiatiques qui avaient permis aux Etats-Unis de vendre la guerre d’Irak, de faire en sorte qu’elle soit acceptée par une partie du monde, notamment par les anglais et comment le mécanisme politique s’était engagé autour de ça.

On a fait un certain nombre d’ateliers avec les élèves de Joliot Curie notamment, et d’autres établissements.

Je peux juste dire, de mon point de vue pratique, que ce sont des ateliers qui font rencontrer un vrai intérêt de la part des élèves parce qu’ils étaient surpris de voir l’expression artistique rejoindre des discussions qu’ils avaient eux-mêmes dans la cour d’école. Notamment le 11 septembre parce que c’est quelque chose qui les a beaucoup marqué. Pas seulement eux d’ailleurs.

C’est pour beaucoup le premier souvenir politique de dimension mondiale. C’était plutôt un traumatisme. C’est l’occasion de sortir beaucoup de choses au travers de ces ateliers. C’est pour moi une façon de faire du lien entre histoire et culture.

Zahra :

 

Je relève ainsi après tous nos échanges que nous pouvons réfléchir à l’Ecole à Nanterre.

  • Quel projet ?
  • Quelle ambition ?
  • Quelles utopies  ?
  • Comment pourrait-on ensemble élaborer ce projet là?
  • Comment le rendre visible ?

 

Il devra être accessible aux familles pour qu’on opère à cette mixité, que cette mixité devienne une réalité dans les établissements et que la fuite dans les autres établissements, le fantasme qu’ailleurs c’est toujours mieux pour ses propres enfants puisse un jour tomber et qu’on puisse rendre à Nanterre sa valeur du côté éducatif.

Serge :

 

Dans la suite des propositions sur la base de ce que disait Alain, Régis par exemple, ce serait peut-être intéressant de relier le travail de terrain dans la ville à une » vision humaniste. »

Dans quelle transversalité nous inscrivons au niveau de la société qui fait que le projet pour Nanterre, ce n’est pas seulement le projet pour Nanterre, c’est un projet de société qui est derrière ?

 

Inscrire cette donnée là d’une part,

D’autre part,…que l’outil de travail que nous avons élaboré, vous le modifiiez, le travailliez, l’enrichissiez, le complétiez de vos notes, qu’à l’une de nos prochaines réunions, sur la base de ce que nous avons dit aujourd’hui, nous puissions retrouver la trace de vos réactions sur ce document ; … que le document une fois modifié serve d’outil de travail qui nous fasse rebondir.

 

Corinne :

 

Je propose que l’on fasse le tour du département… à Suresnes… Que les discussions puissent s’engager ailleurs sur la base du rapport.

Zahra

 

Nous nous engageons à revenir vers vous avec les notes de cette rencontre pour vous proposer un/des prolongements.