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Après les départementales... PDF Imprimer Envoyer

 

   Après la séquence electorale municipales / départementales, cet article, articulé en 5 parties, propose des pistes de réflexions, tant au niveau local que national et des axes possibles d'action.

 

   Bien sûr, il faut pousser un ouf de soulagement : dans un contexte marqué par le traumatisme que représente, pour l’ensemble de l’électorat de gauche, la politique de droite menée au niveau national par le parti socialiste, cela aurait pu être pire.

   Bien sûr, il faut se féliciter de l’élection du maire de Nanterre, mais qui, parmi les observateurs, dans la presse, dans les forces politiques, chez les militants… dans les semaines et les mois qui précédaient, doutait de ce succès, de la force propulsive pour le tandem de cette candidature ?

   Bien sûr, Gauche Citoyenne, les élus, les militants divers, de gauche, écologistes, communistes, la députée, Jacqueline Fraysse, ont joué leur partition. Qu’ils en soient tous remerciés.

 

1)

 

Première caractéristique des élections départementales : elles ont renforcé le processus de droitisation, d’extrême droitisation politique avec une nouvelle avancée du Front national (même si l’extension de son implantation locale ne doit pas être exagérée), la poursuite du néo conservatisme et de l’ordre moral, la poursuite des discours publics anti-musulmans ou prétendus tels.

 

Deuxième caractéristique : l’abstention durable, particulièrement dans les quartiers populaires, certains évoquent maintenant une « abstention militante »

 

Troisième caractéristique : la parité, enfin ! Autant de femmes que d’hommes élus, même si il a fallu passer par une loi. Les exécutifs sont à parité (c’est aussi la loi) mais il y a 10% (léger progrès : 6% précédemment) de femmes présidentes.

 

Quatrième caractéristique : Tout est cadenassé à gauche et à la gauche de la gauche. Comment déverrouiller ? Bien sûr en finir avec le social-libéralisme et l’austérité mais aussi avec ce qui freine le rassemblement transformateur

   

Quelques caractéristiques locales :

 

- A Suresnes, au premier tour (avec 54% d’abstention), 931 voix 7,74% quand en 2011, le PCF (Cailloux) à lui seul réalisait 2 051 voix 15.54% (avec 43% d’abstention) et, pour mémoire, Jacqueline Fraysse, aux dernières législatives, 2 347 voix 15,17% (avec 41% d’abstention). Cet effondrement mérite-t-il au minimum de s’interroger ?

 

- Sur la circonscription législative Suresnes-Nanterre, alors que les deux maires étaient candidats, la droite passe devant la gauche, malgré le fait que Nanterre (45 475) a deux tiers d’électeurs de plus que Suresnes (27 391). Au premier tour, l’hégémonie à l’intérieur de la gauche (57.6% / 42.4 %) n’est assurée que par la candidature du maire de Nanterre comme l’indiquent les résultats de Nanterre 2 (39.4 % / 60.4%) y compris sur la partie Nanterre du nouveau canton (53,6 % / 46,4%). Ne faut-il pas être inquiet 

 

- Sur Nanterre 2, le score maximum réalisé dans un bureau est 12.49% des inscrits. Nos candidats ne font un score supérieur à 12 % des inscrits que dans trois bureaux : Mairie annexe du mont valérien, Neruda réfectoire et Elsa Triolet. Ce qui pose directement la question de l’abstention des quartiers populaires. Ne faut-il pas pousser les analyses ?

 

Qui pourrait se passer d’une analyse approfondie et collective de ce temps électoral ? Qui pourrait dire, tournons vite la page et passons aux initiatives à mettre en œuvre pour relancer l’activité ?

 

Quelques remarques, avec toujours le même souci, celui de ne pas simplement dire des « vérités » mais d’être utile, c’est à dire de faire avancer les choses. Ne pas être un simple observateur mais un acteur qui ne se contente pas d’analyser.

 

Il y a une certaine impudeur, un caractère obscène à la débauche de satisfaction ridicule qu’on peut lire après ces élections sur les listes de diffusion, les sites ou sur facebook de la part de militants -c’est souvent le cas-mais aussi de candidats, d’élus, de dirigeants. Ils ont eu peur que cela soit pire mais quand même !

 

Un peu plus de modestie ne nuirait pas. Il faut bien sur « positiver », « faire bonne figure », galvaniser ceux qui se sont bien battus, mais, tant au niveau national qu’au niveau local, peut-on, doit-on, ainsi pavoiser ? « être soulagés », sans doute. Mais il y a besoin de plus de prudence, de circonspection, quel que soit l’angle d’analyse dans lequel on se place : celui du pcf, celui du fdg, celui plus rassembleur de l’émancipation qui reste toujours à construire.

 

Beaucoup d’appréciations ont par ailleurs un caractère schizophrène :

.  On est partout élu dans une configuration « union de la gauche », on se félicite d’avoir « fait le plein des voix de la gauche »

.  On dit parallèlement que le PS n’est plus de gauche,

 

Dans les faits, la gauche de la gauche reproduit ce que les électeurs reprochent à l’ensemble du monde politique : au final, la visibilité donnée par les résultats, c’est la reproduction des élus, des pratiques, en l’état, alors que tout continue de bouger, de manières diverses, dans les idées, dans les luttes, dans les formes de rassemblement.

   

2)

 

Prenons bien la mesure des choses : nous sommes partisans de la proportionnelle mais il ne faudrait surtout pas l’appliquer ! Le PCF FDG a 3 fois plus d’élus (176 / 56) que le front national et on ne parle pas de lui dans les médias –ce qui n’est pas normal- mais il a plus de 3 fois moins d’électeurs (1.6 millions FDG contre 5.1 millions FN) !!!

 

Du fait de ce nombre de votants au premier tour, le résultat final est le fruit des reports à « gauche » déjà évoqués précédemment bien sûr mais surtout d’un système électoral apprécié « à géométrie variable » :

 

  • Il est décrié et longuement commenté quand il fait perdre une quinzaine d’élus

  • mais complètement exclus de l’analyse quand il permet d’en sauver 150 !

 

Est-ce correct, respectueux des lecteurs, des électeurs, de titrer ainsi ?

    

En prenant les chiffres « sérieux » - pas ceux du ministère de l’intérieur, ceux de Martelli par exemple-, où est la victoire ? Quelle est, plutôt, le niveau de résistance ?

 

Pour l’essentiel, l’implantation du FDG est celle du PCF. Sur les 234 conseillers sortants, 220 étaient communistes, 5 se réclamaient du PG et 9 autres se répartissaient entre les "apparentés PC" d’autrefois et les différentes composantes de l’alliance. Ces 234 conseillers se distribuaient dans 61 départements.

 

Le FDG l’emporte aujourd’hui dans 93 cantons. 186 élus, mais si l’on tient compte des binômes partagés avec d’autres forces politiques, cela assure 176 sièges de conseillers. Ils se distribuent dans 37 départements (moins 24). Le FDG perd donc 58 conseillers soit 25%.

 

.Quelles sont les caractéristiques de ces résultats :

 

  • En voix d’abord le FDG semble maintenir mais sans prendre en compte les résultats du NPA (quasiment absent cette année et en partie absorbé dans Ensemble !) et en général de l’extrême gauche, et d’EELV (binômes communs cette élection) Un sondage réalisé par Harris après les élections départementales donne 7% d’intention de vote aux régionales pour le front de gauche et 7% pour les verts.

  • En sièges, le mouvement déclinant des municipales continue. Si la perte de certains élus peut être attribuée au « système électoral », il faut noter que cette réforme a été négociée entre « partis » institués et réalisée par « la gauche », elle est donc aussi une défaite politique, en fait partie.

  • Les aspects « symboliques » : certes le FDG résiste à Bobigny (où il est sortant) mais il est devancé par le PS au premier tour à Saint Denis et, sur cinq cas de duel à gauche au second tour, le Front de gauche l’a emporté trois fois, à Bordères-sur-l’Echez (Hautes-Pyrénées), Saint-Vallier (Saône et Loire) et Montreuil (Seine-Saint-Denis), mais a été battu dans le Val d’Ariège (Ariège) et dans les Monts du Livradois (Puy-de-Dôme). (sortant communiste). Et il y a cette consternante affaire de Vitry.

   

Pour l’instant, les alliances à la gauche du PS ne sont pas assez visibles pour marquer le paysage électoral et, ici ou là, tout est même fait pour les gommer. Le fait que quelques candidats « divers » soient élus ici ou là ne peut cacher le fossé important entre :

 

- la réelle diversité d’idées représentées au sein du front de gauche, le potentiel existant si on souhaite comme Gauche Citoyenne, un rassemblement plus large

 

- et, au final, la réalité de sa représentation politique, quasi uniquement par des élus communistes ou apparentés, sûr du point de vue du parti et parfois parachutés.

 

Il y a incapacité à penser et à construire cette représentation nouvelle, à l’image de la nature du rassemblement, comme étant stratégique pour donner vie à un vrai front (si ce terme reste approprié).

 

A Nanterre, ou pourtant des pas importants, parfois dans la douleur, avaient été fait précédemment, nous sommes l’illustration de ce phénomène, comme d’ailleurs, plus généralement, dans les hauts de seine.

 

« Des aspirations diversifiées à la justice sociale, et à la reconnaissance, montent pourtant de la société, mais elles ne trouvent plus de canaux politiques d’expression. Une part importante des citoyens se retire du jeu oligarchique de la représentation politique professionnelle. D’autres continuent à voter en manifestant un ras-le-bol, certains tendant de plus en plus l’oreille aux sirènes identitaires faute de boussole alternative. Les gauches n’incarnent plus un projet de société à l’écoute des frustrations collectives et des imaginaires individuels. »

 

Il y a un décalage réel entre la nature des forces du changement, leur diversité idéologique et politique, pas seulement en termes de réflexion « intellectuelle » mais aussi en terme d’acteurs qui luttent, de nature et de formes de ces luttes, de « gens qui bougent » et la représentation politique de ce rassemblement. « L’avant-garde » remise en cause dans des congrès précédents du PCF, les « révolutionnaires professionnels » sont toujours là…

   

3)

 

Rien de nouveau : ce qui devait être « mouvement» (« mouvement » comme dans « mouvement ouvrier », « mouvement social »…) s’est grandement institutionnalisé, et a donc perdu de sa vitalité, de sa capacité d’innovation, de contestation, de proposition. Quoi qui bouge dans le réel, malgré les grandes déclarations, doit toujours composer avec un système qui pourtant continue de s’ossifier, de se surprotéger pour rester dans un « entre soi » suicidaire.

   

Il reste indispensable de redynamiser des lieux de réflexion, de proposition, d’action : c’est la raison d’être, à la base, de Gauche Citoyenne. Mais il devient aussi urgent de donner une visibilité « institutionnelle » aux gens « ordinaires » comme à la diversité des forces et des idées rassemblées. Quand on parle en termes de perspective, de dynamique, c’est la question démocratique fondamentale à l’intérieur de la gauche de la gauche, au sein du camp de l’antisystème.

   

Pour régénérer l’ensemble du dispositif, le « mouvement» dans sa diversité doit avoir une représentation, faute de quoi l’institutionnalisation fait qu’il n’y a plus de contre-pouvoir et qu’il n’y a plus possibilité de faire bouger les choses. Tout est installé, semble immuable, est pesant, l’antisystème rejoint le système : il est bloqué.

   

L’institutionnalisation du PCF s’est construite sur son caractère "Instituant", qui donne du pouvoir, des moyens, du poids, des notables, et pas suffisamment relativisé par son caractère "institué" et ses effets pervers, statique, portant la volonté de tout contrôler. Elle s’est développée dans une autre phase ou on pensait qu’il fallait accumuler de la légitimité, des moyens (financiers, permanents), faire des conquêtes institutionnelles pour préparer un « grand soir ».

   

Nous pouvons bien sûr faire comme « Ensemble ! », dans son tract et constater « Les forces existent pour une alternative à cette gauche de renoncement comme l'ont montré les candidatures communes entre le Front de gauche, EELV, le NPA, des socialistes dissidents, des forces citoyennes. », ou comme Jacqueline Fraysse, de manière similaire, en conclusion de l’édito de son journal, ou comme Martine Billard qui pense dangereux de jeter le bébé (les partis) avec l’eau du bain.

 

Mais il reste que, surtout depuis la trahison par le PCF des Comités Unitaires pour les présidentielles en 2007, toutes ces forces, ces individus, dans la société réelle, attendent un signe fort, un renouveau dans le concret politique (et les élections en sont bien sûr un marqueur déterminant), diffèrent de celui qui, au final, aboutit à chaque fois à la même représentation : quasi-uniquement par des élus PCF (dans le même temps, ils sont de moins en moins nombreux malheureusement).

 

Pour reprendre l’image de Martine Billard, comment continuer d’entretenir la confusion entre notre bébé commun, qui est le combat pour l’émancipation, et une des savonnettes possibles, le(s) parti(s) ? Même s’ils sont considérés par certains acteurs de l’anti-système –c’est respectable et Gauche Citoyenne respecte ce point de vue même si elle a choisi une autre voie-, un outil possible pour travailler à le conforter.

 

Malheureusement, force est de constater que, dans le système politique de cette 5ème république, il n’y a de parti que des partis constitués, reconnus, et donc, pour être précis, contrôlant des moyens financiers, c’est-à-dire bénéficiant du financement public de manière durable (la « bande des 4 »). Les verts en font à nouveau l’expérience, contraints d’être « avec » tel (PS) ou tel (PCF FDG). Le PG le mesure, puisque Mélenchon se relance sur cette question des institutions, autour d’une 6ème République. Sa visée à propos des futures présidentielles est évidente mais la perspective constituante reste bien sûr incontournable pour tous.

 

La voie choisie ou contrainte ou imposée à Gauche Citoyenne depuis la campagne des municipales mène au même mur car elle ne propose pas d’autre ambition, pas d’autre perspective que de retourner en priorité dans cette institutionnalisation stérilisante et rejetée. La souricière se referme à nouveau.

 
 

4)

 

La représentation ainsi choisie dans les bricolages politiciens marque les esprits autant que le « bon score » réalisé au second tour. Il y a toujours en politique du quantitatif et du qualitatif. Imaginons par exemple ce qu’aurait porté, toute la force, le poids symbolique, la capacité d’attraction nouvelle, la crédibilité, de l’élection, en binôme avec le Maire, sur le canton Nanterre 1 de Nadine Ali ? Même si c’eut été au prix d’un score électoral un peu plus faible…

 

Quant au contexte politique général, il n’a pas bougé c’est même pire :

 

  • le front de gauche n’en a que le nom : sur toutes les grandes questions stratégiques, il est profondément divisé (Récemment : lire le « au revoir » du front de gauche thématique de la ville)

  • Tout espoir à ses marges, à l’intérieur ou à l’extérieur, même quand des espaces institutionnels existent, à côté ou en parallèle, continue d’être balayé, mis sous l’éteignoir, caporalisé, au mieux traité comme un faire-valoir, un réservoir d’idées par le seul parti du front à qui il reste des moyens financiers

  • Le désespoir s’est installé durablement dans les quartiers populaires, chez les plus pauvres, le désintérêt dans la jeunesse,

  • Peut-on considérer qu’il suffit de continuer à gérer un fonds de commerce local, avec des propos marketing (offre, demande…) sans travailler les innovations en termes de rapport à l’environnement (tout ce qui nous entoure) et de contribution aux enjeux posés à d’autres échelles ? Peut-on se résoudre à cette incapacité à se renouveler dans l’ensemble des dimensions que nous portons ?

 

Comme entendu lors de la dernière réunion de Gauche Citoyenne, « Pourquoi reparler des élections ? C’est du passé et ça n’intéresse pas les gens. Il faut maintenant revenir au concret, dans les quartiers ». On se serait donc trompé dans la séquence précédente en ne s’occupant plus que de candidats, de négociations, d’élections ? Ne serions-nous condamnés qu’à l’activisme entre les élections pour entretenir une simple étiquette « ayant une valeur négociable » lors des élections ?

 

Gauche Citoyenne a été créée, à partir de la notoriété et des réseaux de quelques personnalités, autour de citoyens divers, alimentée par des expériences propres, comme un alter-lieu d’échange et d’action. Si Gauche Citoyenne devient le parti local des ambitions de tel et tel, à tel ou tel niveau, elle n’a plus de raison d’être.

 

Bien sûr, maintenant que l’essentiel (176 conseillers PCF élus) est réglé, chacun devrait, comme d’habitude, béatement et avec désir, évidemment, se mobiliser pour les chantiers de l’espoir… comme on a construit précédemment « changer de cap », le 16 juin 2013 à Montreuil ! Nous y étions déjà…

      

 http://blogs.mediapart.fr/blog/raymond-macherel/080415/les-yeux-pour-pleurer fait un compte-rendu du meeting de Japy, mardi 7 avril 2015 (après les élections), organisé par le "Collectif 3A" (un de plus) : « aucune dynamique, une débandade, le public s’ennuie, des militants dévoués qui pianotent sur leurs téléphones, on se force à monter sur scène où on surjoue son texte… parmi ceux qui y montent, qui avaient discuté âprement de l'ordre de passage au micro, plusieurs des protagonistes qui ont ruiné auparavant la possibilité d'adhésions directes au Front de Gauche… »

 

A Nanterre, tous les textes échangés dans la préparation des cantonales, après la lettre du Maire et la proposition de Gauche Citoyenne (réponse du PCF, lettre de J. Bidet, lettre de M.C. Garel…) illustrent que décidément le chemin est long, que la volonté politique doit être forte pour mettre en phase les frémissements d’un mouvement original dans l’anti-système, compte tenu des «ordres établis» qui, bien qu’ils reculent pourtant sans cesse, ne veulent laisser aucune chance au nouveau.

 

« Une recomposition se prépare », dit Clémentine Autain, mais les chiffres récents prouvent que ce n’est pas dans le champ de la représentation électorale.

 

Il faut bien sûr tenir compte de l’histoire et des poids–pesanteurs qu’elle a institué, mais combien de temps le mouvement va-t-il être condamné à servir de face présentable éternelle aux fossoyeurs d’un espoir de renouveau ?

 

A Nanterre, c’était possible d’avoir de l’audace. Les résultats ont confirmé la nécessité de la candidature du maire pour être élu et « tirer ». C’était la locomotive ; elle aurait dû tracter avec succès un wagon (seul scrutin qui le permettait) de renouveau. L’élection de Laureen Genthon, à qui nous souhaitons la bienvenue (elle habite Nanterre depuis 6 mois et vient de manifester son souhait « d’être tenue au courant de l’activité de Gauche Citoyenne »), n’est que la triste illustration locale de tout ce qui précède.

     

5)

   

Après ces éléments concrets, réalistes, de la situation, quelques propositions.

   

Ce qui a prévalu à la création de Gauche Citoyenne, c’était la mise à la disposition de tous, d’un espace, légitimé par la notoriété de personnalités locales et par l’invitation de personnalités nationales, pour donner de la crédibilité à un « mouvement », à une façon de intervenir de manière différente, dans le champ politique (où règnent habituellement les partis, seuls) et dans la continuité de ce qui avait été engagé dans la sphère municipale. Le risque aujourd’hui est que la structure ne devienne qu’un « parti local » au service d’ambitions ou de parcours personnels.

   

Ce qui a prévalu dans notre façon de fonctionner a été de travailler ce qui rassemble dans le consensus, en restant ensemble par-delà les divergences ; la dernière période a été marquée par la volonté de créer, de manières diverses, des rapports de forces internes.

   

Ce qui a prévalu pour les élus Gauche Citoyenne c’est le pari de gérer ET de contester le système, d’associer « radicalité et gestion ». Est-ce encore possible dans les conditions décrites dans les textes qui précèdent et avec les conditions actuelles faites aux collectivités territoriales ?

   

Ce qui a prévalu, c’est de concilier le besoin d’utopie, de perspective, de visibilité d’un avenir (programme, plus en rapport avec ce qu’attend un « militant ») et la nécessité de construire en marchant, de ne pas être en opposition avec ce qui est dans les têtes (podemos, plus en rapport avec le « citoyen lambda »). La radicalisation de l’utopie (ce à quoi on aspire : inclusion, égalité, fraternité, « agir ensemble »…) lui a-t-elle retiré son caractère constructif (ce qu’il est possible de faire compte tenu des contraintes actuelles) ? C’est la question de la distance entre politique radicale et utopie.

   

Après cette trop longue séquence électorale et le manque à gagner qu’elle a entrainé sur la question du rassemblement, comment relancer Gauche Citoyenne, à l’image des initiatives qui ont fait notre succès : quartiers populaires et politique, forum des droits, forum contre les discriminations, fête de juin 2014 avec les films… ?

   

1) Une première tâche, nécessaire, indispensable : partager une analyse de la situation

   

Il ne s’agit pas d’avoir une réflexion « en l’air » mais de construire une action réfléchie. Pas de politique sans réflexion, pas de réflexion, sans passer par l’écrit.

 

Prenons l’exemple de l’abstention, aspect majeur. Quel progressiste pourrait se réjouir d’une situation dans laquelle une majorité de citoyens sont, de fait ou volontairement, exclus du vote ? Elle résulte de plusieurs facteurs. Sur certains d’entre eux, nous pouvons agir.

   

  • Quand l’enjeu est perçu comme important (élire le président), la mobilisation est là. Avec le quinquennat, le régime s'est présidentialisé, notamment depuis le couplage de la présidentielle et des législatives. C’est le facteur institutionnel.

  • Depuis les années 1980, les programmes des principaux partis se sont rapprochés. l’importance d’une alternative voire même d’une simple « alternance » est désormais moins évidente, ce qui réduit encore l’enjeu du vote. Les choix politiques actuels faits par « la gauche » déçoivent et tendent à crédibiliser le « tous pareils, tous pourris ». Le niveau local n’est pas exempt de ce risque.

  • Les difficultés économiques et sociales : les années 1980 sont marquées par une forte hausse du chômage et de la pauvreté, matérielle et morale.

  • Une partie de la population, souvent la moins diplômée (critère utilisé dans les études), a le sentiment, à juste titre, que son vote n’aura pas d’effet sur sa situation et que la politique ne répond pas à ses besoins, à ses attentes (voir études INSEE, SOFRES, CEVIPOF).

  • Les médias ont aussi leur part de responsabilité. Les citoyens n’entendent en boucle qu’une forme tronquée du discours politique (petites phrases, querelles de personnes, mise en scène des affaires, des faits divers, accent porté sur les sondages prédictifs...) qui contribue à une prise de distance.

 

Mais le lien à la mobilisation politique est loin d’être inexistant. Les citoyens utilisent de plus en plus d’autres formes de mobilisation : pétitions, manifestations, boycotts. L’engagement collectif est toujours là : Aéroport de Notre Dame des Landes, Barrage de Sirven, Usine à vaches…

 

Par-delà, la question de l’abstention, il y a la nécessité d’ « avoir les pieds sur terre » quant aux réalités électorales à Nanterre, à Suresnes et plus largement. Quelques exemples étaient traités en introduction dans le document 1/5 mais ce travail reste insuffisant et doit être validé collectivement.

 

2) Puisque la question des candidat-e-s est sensible : traitons des prochaines échéances électorales

   

Par-delà les envies, les désirs, les ambitions de chacun, il s’agit de prendre des décisions politiques, dans la transparence et en relation avec le bilan. Mais ce ne peut être, comme dans la dernière période, avec les conséquences que l’on sait, l’unique sujet de Gauche Citoyenne, c’est pourquoi des propositions concrètes seront développées dans la note 6.

 

 

3) Revenir sur les « diverses diversités »

 

Elles ont toujours été présentes : diversité de genre avec la place des femmes, diversité d’histoires et d’origine (récemment sur le plan électoral, candidature de Nadine, de Samir, d’Hassan), diversité religieuse et areligieuse (*), diversité de parcours, bien sûr, diversité de la gauche… : il est temps de les prendre toutes au sérieux, de combattre résolument toute forme de racisme, d’antisémitisme, d’homophobie, de sexisme -mais aussi de clientélisme, de communautarisme- pour construire un "agir ensemble" respectueux des diverses diversités dans une société où, pourtant, l'ultra libéralisme développe un individualisme de repli sur soi ou sur son « clan », au mépris des individus et de leur émancipation.
 
 

(*) "Plus de la moitié, 63%, des français ne se réclament d'aucune religion" ( http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/05/07/une-grande-majorite-de-francais-ne-se-reclament-d-aucune-religion_4629612_4355770.html)  (29% athées convaincus 34% non religieux)

 

4) Nanterre, Suresnes... Gauche Citoyenne, ne sont pas « hors sol » : analyser ce qui bouge dans la société, dans le pays, pour mieux être acteur,

   

Crise de la gauche, crise de la gauche de la gauche ? Clarifier droite et gauche, politique de droite, politique de gauche à la lumière de « ce que pensent les gens », de ce qu’ils en disent avec leurs mots, et non seulement de qualificatifs de la part de militants.

   

Ne pas travailler à un pôle de radicalité, simple aiguillon de la gauche sage qui gouverne mais à un mouvement ayant vocation à devenir majoritaire pour mettre en œuvre des politiques qui apportent des solutions radicales.

   

Nous sommes tenus à « être partie prenante » de combats unitaires, fédérateurs, sans trop nous préoccuper de qui porte l’initiative, dans la mesure où il s’agit réellement de mettre en mouvement les gens, et non pas de mettre en place un nième « collectif » toujours et seulement entre militants qui ne fait « qu’occuper le terrain ».

 

 

5) Travailler des actions concrètes sur des sujets concrets, identitaires pour GC

 

Nous avions parlé d’actions concrètes, en particulier sur des dimensions comme la pauvreté, la précarité, les inégalités (*), les sans-papiers, l’Europe, la métropole, le renouvellement radical de la démocratie, les biens communs ... Nous devions mettre en œuvre des actes effectifs, tout de suite, des comportements dans la vie, dans la ville, tout de suite. Il est temps de passer à l’acte.

 

(*) 82% des Français considèrent que les inégalités en France sont importantes. 95% des sympathisants de gauche estiment qu'il est prioritaire de réduire les inégalités  (et 75% des sympathisants de droite). Sondage "Le regard des Français des inégalités en France et dans le monde", Harris Interactive pour L'Humanité Dimanche, 27/04/2015

 

 

6) Prendre, reprendre contact avec les autres groupes locaux qui travaillent dans le même esprit

 

Même si certains d’entre eux ont été, eux aussi, fragilisés par la séquence électorale, il y a nécessité de chercher à fédérer, dans le respect des formes d’organisation, des origines, des contextes locaux.

 

 

7) Donner sens global, signification, rendre visible notre conception de la transformation comme processus et comme visée

 

« En premier lieu, il faut rappeler à quel point le système partisan français est dur à intégrer, et encore plus à dominer, pour tout nouveau compétiteur qui refuserait de s’inféoder à la gauche socialiste ou à la droite post-gaulliste. De la centralité de l’élection présidentielle au mode de scrutin pour les législatives, justement organisées dans la foulée du choix collectif de notre «monarque républicain», de multiples obstacles se dressent devant tout contestataire de la domination exercée par le PS et l’UMP sur leurs camps respectifs. De ce point de vue, les élections départementales du mois de mars, avec leur mode de scrutin, sont très hostiles aux petites formations et à celles qui n’ont pas d’alliés » (www.slate.fr)

 

En fait, quand on ajoute, les aspects déjà évoqués sur le financement public : 2 (UMP, PS) + 2 (UDI, PCF) quatre formations sont dominantes (la bande des quatre).

 

C’est d’abord dans les consciences que le statut de « parti dominant » se joue. En France, pour l’instant, tout est organisé, tout se combine, pour que le PS reste le parti dominant et ne subisse pas de perte d’hégémonie (« crise d’autorité ») sur l’ensemble de la gauche (comme le PASOK en Grèce l’a subi au profit de SYRIZA). A l’échelle de Nanterre, il en est de même en faveur du PCF puisque l’audace et l’autorité politique n’ont pas été au rendez-vous pour transformer l’essai de la période précédente.

 

Nous avons donc besoin d’une communication renouvelée et d’un événement fédérateur, rassembleur, construit sans exclusive, mais dont nous prenons l’initiative, avec nos moyens humains et financiers, pour à la fois faire avancer les sujets, et donner à voir la façon de les faire avancer, en quelque sorte gérer cette situation « d’attente ».

 

Cela aboutirait à davantage de lisibilité sur ce qu’est Gauche Citoyenne et à la construction -bien sûr avec d’autres acteurs et de manière décentralisée- d’Etats Généraux Citoyens contre l’Exclusion (un intitulé, comme le reste, en débat).

   

Une note plus précise sur les aspects pratiques est à la disposition de celles et ceux qui le souhaitent. Ils pourront être mis en œuvre une fois la décision de principe prise.