télécharger "l'avenir en marchant"

PDF Imprimer Envoyer
Atelier “droit à l’accès à l’eau”

RETOUR SUR LE FSM DE DAKAR

 

Président de la Coordination Eau Île-de-France, Jean-Claude Oliva fait partie de la structure organisatrice du Forum alternatif mondial de l’eau (Fame). Il participait aux ateliers consacrés à l’eau lors du Forum social mondial de Dakar.

Trois ateliers « Eau, bien commun » étaient organisés. Le public était-il au rendez-vous ?

Jean-Claude Oliva : Oui, il y avait du monde. Mais l’organisation était un peu… compliquée. Le FSM avait lieu à l’Université de Dakar, or les cours continuaient. On manquait de salles disponibles. Mais avec France Libertés, nous avons mis la main sur la libraire Claire Afrique et nos ateliers se sont déroulés dans de bonnes conditions. Entre 100 et 200 personnes sont venues y participer.

Le premier atelier s’intitulait « Droit d’accès à l’eau : les solutions locales africaines pour la gestion publique de l’eau ». Quels types d’expériences ont-ils été présentés ?

En fait les thèmes de travail se recoupaient et la question a été abordée au cours des trois ateliers (organisés respectivement par France Libertés, le Transnational Institute et Acra, une ONG italienne de coopération rurale en Afrique et Amérique latine). Ce qui a dominé ce sont les témoignages d’expériences en zones rurales en Afrique, où l’accès à l’eau et à l’assainissement n’est pas assuré car les gens ne sont pas solvables et les multinationales ne sont pas intéressées. Des choses ont pu se faire avec ou sans le soutien d’ONG, ces expériences s’appuient sur une forte participation de la population, et surtout des femmes, qui étaient d’ailleurs très présentes au FSM. Ce sont elles qui portent véritablement l’organisation des projets liés à l’eau.

 

 

Ce qui m’a frappé également dans certaines interventions, c’est la logique de recouvrement total des coûts, où l’on sent l’influence du dogme libéral : ainsi un chercheur a conclu en affirmant qu’avec le peu de moyens dont disposent les populations locales, ces dernières ne pourraient jamais rembourser le capital nécessaire au développement des services de l’eau. Comme si tous les coûts devaient être supportés par les habitants.

La question politique est également intéressante. Une Camerounaise évoquait par exemple les interférences entre le travail des femmes autour de l’eau et les tentatives de récupération pour des chapelles politiques. Il existe un phénomène d’accaparement : certains utilisent l’eau pour renforcer le pouvoir politique qu’ils ont déjà, dans les pays du Sud comme du Nord.

Etes-vous parvenu à remplir vos objectifs liés au Fame (« Renforcer les échanges entre organisations africaines défendant le droit à l’eau comme bien commun », etc) ?

Nous avons rempli notre objectif consistant à se tourner vers l’Afrique, à nouer des contacts avec des associations locales. Ainsi, nous sommes repartis avec plusieurs centaines de coordonnées de personnes et d’organisations désireuses de participer au Fame, qui nous ont fait part de leurs centres d’intérêt, de ce qu’ils souhaitent voir figurer au programme du Forum alternatif. Par contre il n’y avait pas grand monde d’Asie ou d’Amérique latine.

L’atelier intitulé « Marseille 2012 : une autre politique mondiale de l’eau est possible ! » visait notamment à préparer et élaborer un plaidoyer commun à présenter au Fame et auprès du Conseil mondial de l’eau en 2012. Un « Appel de Dakar » a-t-il été rédigé ? Que proclame ce document ?

Nos ateliers ont été très vivants, interactifs, la salle a participé, beaucoup de monde est intervenu. Nous avons interpellé toutes les organisations présentes afin qu’elles précisent quels pourraient être leurs apports pour le Fame, leurs propositions, envies, etc. Nous avons ainsi élaboré un Appel de Dakar qui a ensuite été discuté, le lendemain, lors d’une « assemblée pour l’action sur l’eau ». Nous avons enregistré des amendements, des remarques, puis le texte a été réécrit et adopté.

Il affirme notamment que le droit à l’eau et à l’assainissement, désormais reconnu, doit maintenant devenir contraignant et effectif, que nous sommes porteurs d’alternatives et légitimes pour le faire, contrairement au Conseil mondial de l’eau et à son Forum, et que le Fame sera une plate-forme d’expression et de convergence ouverte à tous les apports. L’Appel déclare également que le Fame œuvrera à consolider et élargir « les réseaux de territoires et d’élus pour porter ces exigences dans l’agenda politique à tous les niveaux ».

Enfin nous avons discuté du FME. Car une représentante de la Coalition Eau [plateforme d’ONG et d’associations proche du Partenariat français pour l’eau, qui promeut la thèse officielle du modèle français basé sur la délégation au privé] était présente. Elle a en grande partie apporté les arguments contenus dans le dossier de présentation du FME [lire Inf’Eau n°13] – une position sévèrement critiquée. Parmi les participants, un consensus s’est dégagé pour dire que nous élaborons un Forum alternatif car on ne peut pas s’exprimer au sein du FME. Par contre on souhaite organiser la confrontation entre les idées des deux forums, mais le Fame ne doit pas s’inscrire dans le cadre du FME.

Plus largement, à Dakar la thématique eau cohabitait avec de nombreuses autres. A-t-elle quand même, selon vous, gagné en visibilité lors de ce FSM ?

Je serais prudent sur le sujet, car il y avait une telle désorganisation! En tout cas la situation est très paradoxale : l’eau est une grande cause, c’était une préoccupation pour tous les participants au FSM. Mais en termes d’organisation, nous sommes des nains, il y a un hiatus complet entre ce que nous représentons, la cause, et ce que nous sommes, c’est-à-dire des petites structures, des associations, très dispersées. D’où le but du Fame : être à la hauteur de nos objectifs, de la cause que nous défendons.

Propos recueillis par Antoine Pateffoz (Inf’EAU n°14)