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Compte rendu de l’Atelier Education et Formation PDF Imprimer Envoyer

 

Intervenants : Jean Roucou (association Prisme, ancien Médiateur de la République en Seine Saint Denis, initiateur du PEL d’Argenteuil), Corinne Mahé (présentant le texte de l’intervention de Guy Georges (pédagogue) excusé, Régis Signarbieux (enseignant en Lycée professionel), Eric Pateyron (directeur d’école à Nanterre) et Martine Fourier  (présidente de CERISE, docteure en éducation).

 

Introductions des intervenants

 

Jean Roucou présente l’association Prisme, réseau national d’une cinquantaine d’experts de la jeunesse, de l’éducation et du social et rappelle la mise en place  du forum «  école quartiers » en 1995 et de « l’éducation partagée » à Tours en 2000.

Le droit à l’éducation, est-il le droit seulement un droit à la scolarité, ou au sens large, comme dans l’Education populaire ? Doit-on parler actuellement plutôt de la recherche de l’égal accès aux droits ? Le passage de l’Instruction Publique à l’Education Nationale a peu changé le partenariat entre les acteurs éducatifs, particulièrement ceux des territoires locaux. L’association s’est engagé sur un travail sur les dénominations dans à l’éducation en France : des mots qui fâchent comme « compétences », mot transversal à d’autres univers comme la politique, le monde du travail…l’accompagnement, l’égalité des (mal)chances.

Un droit n’est pas une obligation et de plus, on se sert peu des droits existants. Parallèlement, des choses existent sans existence légale comme l’école maternelle.

Corinne Mahé présente le propos de Guy Georges qui est à l’origine de la thèse sur l’école fondamentale visant à créer un ensemble commun de la maternelle à la fin du collège. Militant syndicaliste, il a fait le parallèle entre son concept et le document de l’UMP « Du savoir pour tous à la réussite de chacun » qui, selon lui, reprend la théorie de plus de 30 ans de l'école inégalitaire inspirée par le club de l'Horloge. Il y a en effet, actuellement une école à deux vitesses.

 

Eric Pateyron rappelle les mensonges actuels sur l’école : la France est dans la moyenne des budgets européens et non avec un coût excessif. La remise en cause actuelle n’est plus suffisante et il faut poser les problèmes qui fâchent, dans les marges de manœuvre au local, pour les enfants et pour leur avenir. L’UNESCO prône l’éducation pour tous sans production d’une élite alors qu’en  France, cette réflexion n’est pas menée et le système demeure élitaire. De même, il n’y a pas de réflexion sur les questions interculturelles, les rapports garçons – filles.. malgré les recherches sur ces sujets. L’école française est organisée en fonction des besoins des adultes(enseignants, parents) et pas de ceux des enfants.

Poser les apprentissages en termes de compétences est un progrès par rapport aux seules acquisitions de connaissances  car cela fait appelle aux « savoirs faire et savoirs être » (Philippe Mérieu). Selon les responsables politiques, les enfants de ZEP devraient apprendre à obéir tandis que ceux  de milieux aisés doivent acquérir les capacités d’initiatives : voilà les clichés qui circulent. Mais selon l’OCDE, les élèves français sont les plus stressés.

Il est très heureux d’exercer à Nanterre avec beaucoup de gens positifs, au service des familles, des enfants, des enseignants… et d’être potentiellement acteur d’un mieux vivre ensemble alors  que nos « ennemis »  cherchent à nous mettre les uns contre les autres. Il propose de créer une dynamique  du vivre ensemble avec les enfants, car le savoir plus on le partage, plus on en a. la création d’une dynamique collective entre enfants permet de sortir de la sélection/compétition. L’école peut être le lieu d’initiatives, comme à Balzac, avec la création d’un jardin botanique. Ce qui est au centre, c’est la relation des enfants aux savoirs et à la cité.L’école forteresse, l’école sanctuaire ne doivent plus exister. Si on veut construire de la citoyenneté avec les enfants, il faut leur apprendre à travailler en groupe ensemble, avec leurs parents. Il faut trouver des modalités pour faire rentrer les parents dans l’école pour une « coéducation », travailler au quotidien avec les parents et les associations dans le cadre du Projet Educatif Local, tandis que le terme «  communauté éducative » a été abandonnée en 2007. Il faut faire une école où les élèves se sentent mieux, pour mieux apprendre dans leur école.

 

Régis Signarbieux est professeur en lycée professionnel à Colombes

Un colloque vient de célébrer les 100 ans du CAP, premier diplôme professionnel avec une convention collective, aujourd’hui mal vu. Comme professeur en LP, il constate que dans les entreprises, on demande aux élèves des compétences pour être tout de suite dans la division du travail, sans tenir compte des connaissances des élèves, alors que les compétences saucissonnent le savoir. Cette notion de compétence doit être discutée au-delà du champ scolaire.

Il y a aussi de nombreuses urgences, comme les droits des élèves sans papiers.

Il constate d’autre part que les droits syndicaux sont peu utilisés par les salariés, et qu’il ne suffit pas de proclamer des droits, mais de les faire vivre.

Il tient  à alerter sur la réforme des formations des enseignants, qui aujourd’hui n’ont plus le droit à la formation, pourtant les élèves ont le droit d’avoir des enseignants formés ! La formation des enseignants (initiale et continue) c’est le droit de se connaitre, repérer ses limites, découvrir son enseignement, son univers. Actuellement la formation en IUFM se fait en parallèle au travail ; dès qu’ils ont eu le concours après le mastère, les enseignants sont sur le terrain et ils manquent ce temps pour prendre du recul sur leurs pratiques. L’ancienne formule n’était pas parfaite, mais il faut des écoles professionnelles pour les enseignants. De plus, certains contractuels ont plus de 10 ans d’exercice..

Il manque  du temps dans les écoles, pour se réunir, mener des projets qui permettent de faire les liens entre les disciplines, assurer cette continuité de la maternelle au collège.

On évalue sans cesse les élèves, ce  qui serait bon si le but était de les faire progresser, mais c’est en fait pour séparer. De plus, les élèves en sortent très angoissés, alors que cela devrait donner aux élèves une conscience de leur progression. Notre société surscolarise l’école, tout doit être éducatif et on parle seulement de la réussite scolaire et  pas sociale.

Pour les élèves, il y a des choses à savoir, à savoir faire, le temps passé en classe est énorme : qu’est-on en train de fabriquer comme élève ? les décrocheurs nous disent  que ce que propose la société ne leur convient pas.

 Le numérique modifie le rapport aux savoirs et aux modes d’apprentissages.

Il y a des inégalités dans les attributions de postes d’enseignants. Les acteurs éducatifs de Nanterre mettent –ils leurs enfants dans les écoles de la ville ?

 Quand met on en convergence toutes les actions éducatives sur Nanterre ? Il y a 7 fois plus de non diplômés dans les moins de 25 ans sur la ville par rapport aux moyennes nationales ; que fait on concrètement ? au centre, la réussite de tous les élèves à côté de chez soi, qu’enfants et familles veuillent aller dans les établissements de la ville. 

 

Zarha Boudjemaï :  la question éducative est partout mais il n’y a pas les mêmes mobilisations que pour d’autres combats ( hôpital, poste..) comme au Chili. Voir avec la région pour une enveloppe sur un nouveau lycée ? Quelles formations communes entre les acteurs éducatifs : associations, enseignants, ATSEM

Il  pointe une inégalité peu connue car alors qu’on prône « l’éducation tout au long de la vie », nombre de personnes ne peuvent y accéder car 3/4 des 27 milliards de budget formation sont utilisés par les mieux formés alors qu’1 jeune sur 5 sort sans diplôme de l’école.

 

Débat :

 

Quelques chiffres sont annoncés pour appuyer la dernière intervention : 20% des élèves s’en sortiront dans n’importe quel système, 20% ne s’en sortiront pas de toute façon et 60% s’en sortiront selon tel ou tel autre système (Guy Georges)

Pour J.Roucou, nous n’avons pas le même statut face à l’élève, et on surscolarise le temps car on est dans une vraie angoisse. On ne parle que de la réussite scolaire, on se fiche de la réussite de sa vie dans sa globalité, on est dans la productivité.

Pour Bernard Gary, sur Nanterre, nous avons une sous scolarisation avec une seul lycée générale (Versailles en a 3 pour la même population) ; alors un élève sur deux quitte la ville pour poursuivre sa scolarité..Joliot, même repeint ressemble toujours à une usine.. Pourquoi les écoles sont tristes comme des monastères ?

Les enfants ne nous disent pas directement que ce qu’on leur propose ne leur convient pas : si cela continue, on en arrivera à l’école Orange ou SFR.

Il aurait été intéressant de croisé le thème avec ceux d’autres ateliers, comme le travail/emploi, la culture 

 

 

Conclusion : sortir de la logique de résistance et de dénonciation, de la mise en concurrence entre élèves et établissements

 

4 axes de travail :

-          travailler ensemble localement (élus, syndicats, enseignants,…) autour de la difficulté scolaire et former tous les acteurs éducatifs sur un territoire

-          en portant des projets pouvant être communs, permettre une meilleure continuité de la maternelle au secondaire.

-          Dynamiser sur la ville les luttes sur l’école et l’éducation au sens large (culture, loisirs, sports, emploi  y sont liés)

-          Sur le plan de la politique générale qui pose la question suivant : Est-ce qu’une ville dans sa globalité peut se permettre d’interroger, de remettre en cause ses pratiques.