accueil Nanterre... Jacqueline Fraysse officiellement honorée par l’Algérie

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Jacqueline Fraysse officiellement honorée par l’Algérie PDF Imprimer Envoyer
Jeudi 20 décembre, Jacqueline Fraysse s’est vu remettre une médaille honorifique de la part du président de la République d’Algérie en reconnaissance de ses “nobles actions envers l’Algérie” durant et après la guerre d’Algérie.

 

Cette distinction ainsi qu’un diplôme d’honneur lui ont été remis par le Consul d’Algérie à Nanterre, monsieur Abdelkader Dehendi, lors d’une cérémonie organisée au siège du Consulat, en présence de membres de la Fédération FLN de France, d’élus locaux, dont le maire de Nanterre, Patrick Jarry, et le premier adjoint de la ville Gérard Perreau, ainsi que de nombreux représentants du mouvement associatif.

 

Jacqueline Fraysse s’est distinguée pendant la guerre d’Algérie par son engagement contre le colonialisme, pour la paix et l’indépendance de l’Algérie. En sa qualité de médecin, elle a soigné les populations des bidonvilles de Nanterre. Maire de Nanterre, elle a initié dès 1989 le premier jumelage de la ville avec Tlemcen et a posé en face de la Préfecture une plaque commémorative de la répression sanglante du 17 octobre 196.

En lui remettant la distinction, décernée dans le cadre du 50eme anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, le consul de Nanterre a affirmé que cet hommage témoigne de son « engagement fidèle” pour les causes justes, assurant que “l’Algérie n’a jamais oublié ses amis”.

 

Vous lirez ci-dessous l’intervention de Jacqueline Fraysse.

 

 

Monsieur le Consul,

Mesdames et Messieurs,

chers amis,

Permettez-moi d’abord de vous remercier pour cette haute distinction qui m’est décernée par la République Algérienne.

Croyez qu’elle me touche beaucoup car elle me renvoie à l’engagement de toute une vie aux côtés de celles et ceux qui agissent pour la justice et la liberté, la paix et l’épanouissement humain.

Née dans une famille de militants communistes et ayant toujours vécu à Nanterre, j’ai été très tôt sensibilisée aux combats du peuple algérien intimement mêlés à ceux du peuple français. D’abord l’enfance et l’adolescence dans une ville marquée par ces immenses bidonvilles où les familles vivaient, s’organisaient comme elles le pouvaient.

Je me souviens des manifestations où, avec mes parents, je défilais en scandant : « Paix en Algérie ! »… De ma mère inquiète car son jeune frère était pour 24 mois appelé à faire la guerre à Tizi Ouzou…

Je me souviens de la grande manifestation pacifique du 17 octobre 1961, de la terrible répression organisée par la police et de ma ville en état de choc au petit matin, en découvrant l’horrible réalité…

Je me souviens des attentats de l’OAS prétendant défendre l’Algérie française et de la manifestation du 8 février 1962 au cours de laquelle 9 personnes ont été tuées au métro Charonne, dont le jeune Daniel Fery âgé de 16 ans. La maison des jeunes de Nanterre porte depuis son nom.

C’est dans ce contexte que, très tôt, je me suis engagée.

D’abord élue Conseillère Municipale à l’âge de 24 ans, puis Conseillère Générale, je terminais des études de médecine et pour gagner ma vie, je travaillais au cabinet du Docteur Charles Simonpoli à Nanterre. Un médecin connu pour son engagement aux côtés des militants algériens en lutte, car il les avait soignés clandestinement pendant la guerre. Il jouissait d’une confiance et d’une aura qui rejaillissaient sur moi quand je le remplaçais. Lorsque j’arrivais à la Cité de transit du Boulevard du Havre au pont de Bezon, il suffisait que je dise : « Je remplace de Docteur Simonpoli… » et toutes les portes s’ouvraient. Ce fut pour moi, jeune médecin, une expérience irremplaçable où j’ai beaucoup appris de vos traditions et de votre culture.

Non, je n’ai rien oublié de tous ces événements qui ont marqué ma ville et ma vie.

Quand plus tard –en 1978– j’ai été éluée députée, j’ai partagé les luttes syndicales et sociales de tous ces travailleurs français et immigrés : aux fonderies Montupet, aux Papèteries de la Seine et aux usines Citroën à Nanterre, aux usines Renault à Boulogne Billancourt…mais aussi les actions pour le droit au logement, les cités de transit, puis les cités HLM…

Lorsqu’en 1988 j’ai été élue maire, j’ai tenu à ce que la ville marque concrètement cette histoire et contribue ainsi à sa reconnaissance par le pays tout entier. Ce fut, dès 1989, le jumelage avec Tlemcen dont de nombreux nanterriens sont originaires, donnant lieux à plusieurs voyages et échanges entre les deux villes.

Ce fut ensuite mon engagement public parmi les premiers signataires de la pétition nationale pour la reconnaissance, par l’Etat français, du massacre du 17 octobre 1961, lancée à l’occasion du 40ème anniversaire de cet événement.

Ce fut encore en 2003, « l’année de l’Algérie à Nanterre » avec l’organisation du colloque sur la mémoire algérienne dont la publication des actes a donné lieu à un livre aux éditions Syllepse.

Ce fut encore, la même année, la décision prise, avec les associations de la ville, de poser une plaque commémorative de la répression sanglante du 17 octobre 1961, à Nanterre, en face de la Préfecture.

Il me plait de rappeler que le Préfet de l’époque m’a adressé un courrier pour tenter de s’y opposer en prétextant d’une prévisible agitation portant « atteinte à l’ordre public » que la lecture de cette plaque ne manquerait pas de susciter auprès de nos concitoyens.

Nous avons alors décidé de résister à la pression et de maintenir notre cap. Nous sommes fiers aujourd’hui d’avoir ainsi démontré que la reconnaissance de la vérité historique, non seulement ne provoque aucun trouble de l’ordre public, mais est source de sérénité et de respect mutuel. Je voudrais dire encore, avant de terminer ce propos, que je suis heureuse de voir la poursuite de cette action par notre maire Patrick Jarry et son équipe d’élus de toutes origines, en lien avec l’ensemble de la population de Nanterre dont la richesse tient notamment à sa diversité.

L’inauguration l’an dernier, en octobre 2011, du Boulevard du 17 octobre 1961, le nom d’Abdelmalek Sayad donné à une école neuve de notre ville, ainsi que les voyages et échanges avec l’Algérie témoignent de cette volonté. Une volonté de mémoire, mais aussi une volonté de travail au quotidien avec tous, par delà les diversités, dans un heureux mélange de cultures, au même niveau de droits et de devoirs pour chaque citoyen dans tous les domaines de la vie. J’ai conscience qu’il y a encore bien du chemin à parcourir…Je suis fière que notre ville soit à la pointe de ce combat.

Merci encore Monsieur le Consul, Merci à tous. »