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Beaucoup de gens, d'amis, se sont inquiétés de savoir si j'allais bien au lendemain du premier tour.

Oui, je vais bien, mais avant d'expliquer pourquoi, je veux dire d'abord merci du fond du cœur à tous ceux qui m'ont envoyé des bisous, des sms, des mails, laissé des messages toujours chaleureux et affectueux et parfois angoissés sur ma boîte vocale, mais aussi à tous ceux qui, au soir du premier tour à la mairie de Vitry, m'ont serré la main d'une façon plus appuyée que pour un simple bonjour, m'ont fait un clin d'œil, un sourire complice, un regard, qui disait de façon discrète " on est avec toi, continue ".

 

La gentillesse dans un monde de brutes

 

J'en entends déjà - particulièrement un de mes bons copains qui va - s'exclamer : " tu ne changeras jamais, tu es toujours trop positif ! " Alors, je vais le rassurer. J'ai vu aussi les regards arrogants, et la haine, maintenant habituels à Vitry, les attitudes triomphantes voire martiales. J’ai même vu des personnes bénéficiant pourtant de notre désistement immédiat nous regarder de haut ! Il reste que je suis d'abord sensible à toute cette gentillesse. Elle est un bien précieux qu'il faut cultiver, d'autant plus dans ce monde (politique) de brutes.

Merci donc ! J'ai attendu pour réagir que le 2ème tour soit passé. Le Val-de-Marne reste à gauche, avec un PCF qui conserve le même nombre d'élus, un PS qui en perd 2, et les écologistes qui n’en avaient que 2 en perdent un. La gauche du 94 sort de ce scrutin éclopée et amputée d'une de ses 2 jambes écologistes.

 

Oui, je vais bien.

 

Parce que je savais que cette bataille serait très difficile mais qu'il fallait absolument la mener. Il faut rappeler que notre fabrique citoyenne Vitry en mieux avait proposé un accord au PCF. Celui-ci intégrait de façon explicite que je n'étais pas candidat et que je passais la main à une belle personnalité de la vie locale.

Cet accord, qui avait reçu le soutien de Christian Favier, fut rejeté par la majorité des communistes, lors d'un vote que l'un d'entre eux a qualifié de « samedi noir où s'éteignirent les étoiles ». Certains communistes justifièrent ce jour-là leur vote en disant : " mieux vaut perdre le conseil général que de passer un accord avec la Fabrique et les écologistes ! "

En conséquence, nous avons décidé de nous lancer dans la campagne en présentant des candidats. Nous n'avons pas inventé des désaccords avec le PCF là où il n'y en avait pas. Notre espace politique était de fait réduit, puisque que nous partagions en grande partie le bilan du conseil général auquel notre groupe écologiste et citoyen avait tellement contribué.

 

Le courage en politique c'est d'oser ...

 

Et puis, dans une débauche de moyens jamais vue pour une simple élection cantonale, la campagne s'est vite transformée en vote pour Favier et pour le nouveau maire de Vitry, en appelant à faire barrage au Front National évidemment ! Ainsi le président du conseil général, après avoir un moment souhaité la diversité, apporta tout son soutien aux diviseurs !!

Ouvrons une parenthèse. Beaucoup de ses proches disent qu'il ne pouvait pas faire autrement, compte-tenu du rapport de force interne au PCF. Mais le courage en politique, n'est-ce pas d'oser faire bouger les idées et les comportements ? La loi sur l'avortement et l'abolition de la peine de mort en France, la réconciliation et le pardon en Afrique du Sud se seraient-ils concrétisés, si des personnalités aussi différentes que Simone Veil, François Mitterand ou Nelson Mandela, avaient simplement contemplé le rapport de force pour s'y plier ?

 

Le pouvoir magique du partage

 

On ne peut pas, à la fois, vanter les mérites de la diversité politique, et soutenir à bout de bras ceux qui la piétinent (il n'est pas sûr d'ailleurs, que ceux-là marquent leur reconnaissance !) La diversité politique est source d'intelligence, de vitalité démocratique, de dépassement et d'innovation. À l'inverse, le monolithisme inocule doucement mais sûrement l'autosatisfaction, l'esprit de suffisance et inévitablement la coupure avec le réel. Un conseil ! En politique : n'acceptez jamais d'être dominant car vous courrez à votre perte.

Le partage a ce pouvoir magique, c'est qu'au bout du compte, chacun reçoit plus qu'il n'a apporté. Je suis convaincu qu'en politique, il en va de même, le partage est source de dynamique d'additions et de multiplications. À ne pas vouloir partager, le PCF a perdu beaucoup de positions électorales ces 20 derniers années. Beaucoup de ses militants l'ont quitté à cause de cette incapacité et de son refus de s'ouvrir réellement, pas dans les mots mais dans les actes.

 

Malheur aux dissidents!

 

Une autre source de réflexion est que dans chaque camp, il y a très peu de cas où un candidat, même sortant, est élu ou réélu, s'il ne bénéficiait pas du soutien du maire de sa commune ou du président du Conseil général. Dans le Val-de-Marne, à droite comme à gauche, tous les candidats qui étaient dans cette situation ont été battus. Malheur aux dissidents ! De tous les points de vue, ce système politique pyramidal présidentiel est à bout de souffle, il entrave la démocratie, et amène à la reproduction à l'identique du personnel politique.

 

Ma déception

 

Et que dire de cette opération bien pratique lancée par Manuel Valls pour transformer l'élection départementale en référendum national anti-FN, au profit pour l'essentiel du PS mais aussi du PCF dans certains cas, comme on l'a vu à Vitry ? Je pense que cette opération nous a fait perdre 2 ou 3 % dans le canton Sud, au profit du PS qui reste cependant derrière nous, mais 2 ou 3 % qui ont empêché les candidats de la fabrique d´être sélectionnés pour le 2ème tour.

La plus grosse déception, c'est que des gens comme ma coéquipière Laurence Dexavary et comme mon remplaçant Ryadh Sallem ne siègeront pas au conseil départemental. Ils auraient apporté une sensibilité, un langage, des idées, une impertinence qui auraient fait tant de bien à cette assemblée. Croyez-en mon expérience ! Il reste de tout cela que les candidats de la fabrique font 16% dans un canton, 12,5% dans l'autre. Une force originale s'affirme et se confirme dans cette ville. Elle est là et bien là pour faire Vitry en mieux. Les candidats de la fabrique l'étaient aussi avec la participation et le soutien d'EELV et du Parti de gauche. Ce n'est évidemment pas un modèle pour construire une perspective, mais dans les conditions politiques locales, une piste.

 

Les "abstentionnistes sont des résistants"

 

Il reste surtout que ces élections montrent, après tant d'autres, le déficit de perspectives alors que tant et tant de gens inventent déjà la société de demain, tout en étant souvent fâchés avec les partis politiques. Après chaque élection, nombre d'articles, d'études et de déclarations dissèquent les abstentionnistes et leurs supposés messages. Peut-être est-il temps de ne plus "se pencher "sur eux. Sont-ils vraiment des abstentionnistes ou des gens qui refusent de voter ?

À mon sens, les "abstentionnistes "sont des Résistants. Pour moi, il est illusoire d'espérer construire le nouveau sans eux ! J'ai envie de ne pas tourner trop vite la page des élections à Vitry-sur-Seine et ailleurs, parce qu'il y a des choses à réfléchir sans rancune, sans rancœurs, mais aussi sans faire l'autruche sur les questions qui fâchent. Mon prochain article sera " les abstentionnistes sont des résistants, ils ne sont pas le problème mais la solution. " Dans un autre article, je voudrais parler de la haine quand elle devient le carburant de la politique, et aussi de l'égalité des moyens dans les campagnes électorales, et enfin parler des appels à voter qui fleurissent à chaque élection à Vitry et de leurs effets pervers.

 

À plus donc !

 

Jacques PERREUX

« Des réponses écologiques aux injustices sociales »