accueil Vincent.DE GAULEJAC Mercredi 16/11 compte rendu De Gaulejac (16/11)

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Mercredi 16 novembre 19h salle du chemin de l’ile, 80 personnes ont pu apprécier les analyses et la capacité à raconter de Vincent de Gaulejac, sociologue clinicien.

 

« C’est paradoxal ! » : l’expression semble s’être banalisée. Elle exprime la surprise, l’étonnement, la colère parfois, devant des situations jugées incohérentes, contradictoires, incompréhensibles. Il y a inflation du paradoxal : « Je suis libre de travailler 24 heures sur 24 », « Il faut faire plus avec moins », « Ici, il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions », « Je traite de plus en plus de travail en dehors de mon travail et inversement », « Plus on gagne du temps, moins on en a »…   

Cet « ordre paradoxal » est le produit des liens entre la financiarisation de l’économie, l’essor des nouvelles technologies et la domination d’une pensée positiviste et utilitariste. 

Les méthodes de management contemporain et les outils de gestion associés confrontent les travailleurs à des injonctions paradoxales permanentes, jusqu’à perdre le sens de ce qu’ils font.

L'organisation "paradoxante", celle qui fixe des objectifs toujours plus élevés avec des moyens sans cesse diminués, est particulièrement déstabilisante. 

Elle exclut toute possibilité de s'en sortir, d'être satisfait de pouvoir répondre positivement aux attentes, de réussir, d'être fier de ce que l'on fait, utile à la société...

 Nous vivons des révolutions: numérique, managériale conduisant à mesurer en permanence la valeur par rapport à la rentabilité financière, le renversement du principe capitaliste de "destruction créatrice" en principe de "création destructrice". On le voit avec la planète ou encore avec la crise financière qui détruit l'économie réelle.

 On perd la boule, on perd le sens, on perd les valeurs... On cultive des contradictions ingérables: l'économie contre la société, les injonctions de l'institution contraires aux finalités pour lesquelles, en tant que professionnel, on s'est engagé au service de la société, le tout avec le sentiment de n'avoir aucune prise sur ces paradoxes. C'est le désenchantement, l'impuissance, la désillusion...

 Il y a un déplacement de la conflictualité, elle n'est plus contre l'entreprise, l'institution, elle est à l'intérieur de soi, avec une partie de moi qui adhère, car on ne peut pas être contre l'évaluation et l'efficience et une autre partie de moi qui dit non parce que cette "efficience" répond au seul critère de la rentabilité financière. 

 

Que faire alors? Pour certains, le paradoxe rend fou, provoque le stress, la dépression, le mal être jusqu'au suicide. Pour d’autres, il est un aiguillon, une invitation au dépassement, à l’invention de réponses nouvelles, individuelles et collectives.

 Individuellement, s’adapter, déjouer les jeux, se faire aider, ne pas accepter isolement et culpabilisation. Vincent Gaulejac invite à ne pas rester isolé, "retrouver le collectif",  résister, "ne jamais se résigner", travailler un « agir ensemble » basé sur une « méta connaissance » transdisciplinaire, la réconciliation / synthèse de penseurs de courants différents ainsi que de d'« écoles » et de domaines divers.

 Vincent de Gaulejac évoque le manifeste des convivialistes et souligne la présence dans l’auditoire de Patrick VIVERET.

 Une soirée passionnante! Qui cherche et qui sort des sentiers battus... 

 Vincent est un des 18 experts sollicités par Jean Luc Mélenchon.